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REVUE DE PRESSE ANCIENNE Février 1774

Curiosités : Agriculture
Allaitement
Loups
Quadruplés
Date et lieu :février 1774
Notes :Triplés à Bonneuil-les-Mauges, et centenaire ailleurs.

On écrivoit du Haut-Poitou, le 18 janvier, qu’une jeune femme, nommée Lamberton, de la paroisse de Bonneuil-les-Mauges, étoit accouchée de trois garçons, dont deux vivoient ; & qu’un vieillard d’une autre paroisse, nommé Pierre Bosseboeuf, âgé de 87 ans, venoit d’avoir la petite vérole, dont il s’étoit très bien rétabli.
ADP - n 6 du 10/02/1774, p. 24

Commentaire : je n’ai pas retrouvé le lieux : Il n’y a pas de baptêmes correspondant à Bonneuil-Matours entre août 1773 et le 28 janvier 1774.
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Les dangers de l’allaitement par les nourrices.

Ecrit des environs de Sauzé.
Il vient de se passer dans ce canton un événement qui doit effrayer toutes les mères qui ne nourissent pas elles-mêmes leurs enfans. Une femme a perdu subitement deux enfans qu’elle avoit, & dont elle en alaitoit un ; ils sont morts d’une maladie dégoûtante, qui s’est compliquée avec la petite vérole. Cette femme surchargée de son lait, & souffrante, prie une petite fille de 10 à 12 ans de la téter pendant quelques jours pour la soulager ; elle ne le fait qu’une fois, c’en fut assez, c’en fut trop ; aussi-tôt cette petite fille victime de sa complaisance, a tous les symptômes & les douleurs de la maladie qui a fait périr les deux enfans ; elle est à toute extrémité, on ne croit pas qu’elle en revienne ; son état excite à la fois la pitié et l’horreur ; d’oú il faut tirer cette conclusion nécessaire ; ou la nourice avoit déjà elle-même le sang corrompu, ou c’est l’enfant qu’elle alaitoit, qui, à raison de sa maladie, l’a ainsi viciée en la tétant. De quelque façon que ce soit, il est toujours sûr, que la fille de 12 ans, qui a reçu son lait, a pris en peu d’heures la communication de ce venin. Elle jouissoit d’une bonne santé, elle paroissoit très saine, & elle va périr. Combien d’enfans, combien de meres empoisonnée, de cette maniere ! Cet évênement est à la fois un avis pour les meres & pour les nourices.
ADP - n 7 du 17/02/1774, p. 24
Commentaire : Beurk
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Le loup d’Aubigné. Histoire à épisodes
1)
Lettre écrite des environ de Melle, le 15 décembre
Il y a eu le 12, dans la paroisse d’Aubigné, un événement bien fâcheux. Un Laboureur, nommé Verneuil, a été grièvement mordu à une main par un loup que l’on soupçonne d’être enragé, & malheureusement encore, c’est un père de famille chargé de sept enfans, tous en bas âge. Ce loup sorti de la forêt d’Aunay, s’approchoit d’un troupeau de moutons gardé par les enfans de ce Laboureur, qui, craignant pour eux, courut pour les défendre, armé seulement de son aiguillon, (gaule dont se servent les Bouviers pour conduire leurs bœufs,) le loup ataque cet homme & lui saute au corps ; mais cet homme, sans s’effrayer, a le courage & l’adresse de saisir le loup, de lui mettre la tête sous son bras, & de le terrasser. L’homme & le loup se débattirent long-temps ; mais l’homme eût nécessairement succombé, si à ses cris, & à celui de ses enfans, il ne fût survenu un autre homme qui assomma le loup avec une bèche qu’il avoit à la main, dans les bras même du premier. Cet homme digne d’exciter la commiseration publique, a été conduit, le 14 à Confollens, auprès d’une personne charitable, qui a réussi plusieurs fois à prévenir la rage sur des personnes mordues par des animaux qui en étoient atteints. Cette Province très couverte de bois en plusieurs contrées, sert de retraite à un grand nombre loups (sic), qui, de temps en temps, font des ravages sur les hommes & sur les bestiaux. La multiplicité de ces accidens, devroit bien faire prendre les moyens de chercher à les détruire. Les Seigneurs devroient particulièrement s’occuper de cette chasse ; l’intérêt général de la société le recommande à leur humanité & à leur intérêt propre.
ADP - n 52 du 30/12/1773, p. 210
2)
Nous avons reçu de nouveaux détails sur le triste accident arrivé dans la paroisse d’Aubigné, le 12 Décembre. Le loup étoit chassé par des hommes & par des chiens ; le Laboureur dont on a parlé, laisse sa charrue & accourt à ce bruit ; il voit le loup se portant vers lui même, il le frappe de son aiguillon ; le loup écumant, & après en avoir mordu le bout pendant quelques instants, s’élance sur lui, lui fait des égratignures au visage & au ventre, & se fixe enfin sur une de ses mains, lui casse un doigts & lui fait plusieurs morsures, dont les plaies sont transversalles. Cet homme robuste & courageux, saisit le loup, comme on l’a dit ; un autre homme survient & tue cet animal avec un bèche ou piarde. C’est le Sacristain de la paroisse d’Aubigné, nommé Simon Merleau ; il en porta la tête à M. Gilbert, Subdélégué, de Chef boutonne, qui lui donna la somme de dix livres, pour sa récompense, acordée par le Gouvernement en pareil cas ; c’étoit une bête monstrueuse. La même contrée éprouva en 1766, de la même manière, des malheurs plus cruels encore ; il y eût plusieurs persones qui furent mordues & qui périrent.
ADP - n 1 du 06/01/1774, p. 2
Commentaire : le sacristain a sûrement partagé la prime ! (???)

3) Il y avait aussi des râleurs à l’époque :

Lettre écrite du Haut-Poitou.
Vous avez annoncé, M., l’accident arivé dans le voisinage de Chef-Boutonne, & la précaution qu’on a prise d’envoyer le vainqueur du loup chez des persones qui, dit-on, ont un secret pour guérir ou pour prévenir l’Hydrophobie. A cette occasion, M., ayez la bonté de porter plainte au public contre ces possesseurs de secrets, qu’il seroit si avantageux de répandre. Les Charlatans ont les leurs, que les gens éclairés ne leur envient point ; mais comment des persones qui ne retirent de leur recettes que le plaisir touchant de soulager l’humanité souffrante, peuvent elles se résoudre à les tenir secrettes ? Ont-elles fait réflexion que leurs remedes rendus publics, peuvent sauver la vie à mille individus, qui périront avant de savoir la demeure ou même l’existence de celui qui tient en ses mains le secret de leur guérison. En supposant même que l’intérêt eût quelque part à la conservation de ces secrets dans les familles, le Gouvernement ne pouroit-il pas, après avoir constaté l’efficacité du remede, récompenser ceux qui feroient à la société un sacrifice aussi utile ? Il y a dans le voisinage une famille qui possede le secret d’un onguent, propre non-seulement à prévenir la gangrene, mais encore à en arrêter les progrès, & à séparer très proprement les chairs gangrenées d’avec les parties saines. Il y a des exemples de malades, à qui cet onguent a sauvé des membres condamnés à l’amputation par les Maîtres dans l’art de guérir. Mais combien de malheureux ont succombé aux suites funestes de cette redoutable maladie, pour n’avoir pas été à portée de connoître les possesseurs du secret ? Soyez, M., à cette occasion, l’Avocat de l’humanité ; ajoutez ce nouvel article à la liste nombreuse des articles intéressans qui ornent votre Recueil, & qui vous donnent de si justes droits à la reconnoissance de vos compatriotes.
ADP - n 7 du 17/02/1774, p. 26

4) Mais hélas :

On se souvient de ce malheureux Laboureur de la paroisse d’Aubigné, qui a été mordu par un loup, & dont nous avons parlé. Pour donner plus de moyens à sa famille de le soulager, & pour récompenser en même temps le courage avec lequel il s’est défendu de cet animal, dont il s’est, pour ainsi dire, rendu lui-même la victime, M. l’Intendant, dont le cœur compatissant & généreux, saisit toutes les occasions de faire le bien & de l’encourager, lui a fait donner une somme d’argent. Ce malheureux Laboureur est mort dans le plus déplorable état, quelques soins que l’on ait pris pour le préserver des suites de ce funeste accident. Seroit-il donc vrai, que malgré tant de remedes publiés contre la rage, que malgré que l’on assure si souvent que plusieurs ont réussi, il a été jusques à présent impossible d’en trouver un absolument efficace, que l’on puisse en tout temps employer avec confiance, & s’y fixer ? Si l’on pouvoit cependant y parvenir, quel bonheur pour l’humanité ! Alors les villes, les Seigneurs pouroient, pour sauver de la rage les persones mordues par des animaux qui en sont atteints, former des établissements, comme il commencent à en faire pour rappeler les noyés à la vie.
C’est le vœu, c’est le conseil de l’Auteur citoyen de la Gazette d’Agriculture, & tous les bons cœurs se joignent à lui.
ADP - n 7 du 17/02/1774, p. 27
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Des quadruplées à Noirmoutier

SINGULARITE NATURELE
Susanne Rousseau, âgée de 42 ans, femme d’Honoré Aubert, Marchand et Laboureur aisé, de l’île de Noirmoutiers, en Bas-Poitou, est acouchée le 28 du mois dernier, de quatre filles, dont une ayant 13 pouces 3 quarts de longueur, & les autres huit, dix & onze pouces ; oelles ont toute jeté un cri en naissant, & ont été baptisées ; elles sont mortes, la premiere, trois quarts d’heure après sa naissance, & les trois autres, à deux, trois & quatre heures l’une de l’autre. Elle (sic) ont été enterrées chacune dans une biere, portées par quatre petites filles vétues en blanc, précédées de tout le Clergé. On n’a pas connoissance de pareil phénomene ici ; on le trouvera d’autant plus extraordinaire, qu’on ne voit pas ailleurs de couches quadruples sans mélange de sexe. La mere n’étoit enceinte que de six mois & demi ; un mois avant d’acoucher, elle passoit pour hydropique & se croyoit telle ; ses grandes douleurs n’ont duré qu’une demi-heure ; elle se porte autant bien que sa situation peut le permettre. (1 Février)
ADP - n 7 du 16/02/1775, p. 27

Acte de décès :
Le dimanche vingt neuf janvier mil sept cent soixante quinze les corps de quatre filles nées hier matin dans une seule couche … du cimetière baptisées à la maison et mortes sur le champ, issues du mariage d’Honoré Aubert, laboureur, et de Suzanne Rousseau sa femme, de cette paroisse, ont été inhumés au cimetière par nous vicaire soussigné, en présence de Mes Guillaume Le… et Jean-Paul-Armand Delbecq vicaires de cette dite paroisse qui on signé avec nous. En interligne, les mots de cette paroisse approuvés.
AD85 Noirmoutier-en-l’Ile, BMS 1762-170, vue 344
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Recette contre les charançons.

Secret éprouvé contre les Charensons.
Ce secret annoncé dans la Gazette d’Agriculture, a été eprouvé au mois de Septembre dernier, par M. de Brosse, premier Président du Parlement de Dijon, dans sa terre de Montfalcon, sur l’indication que lui en donna un de ses domestiques, qui l’assura qu’il l’avoit vu pratiquer avec succès en Poitou. Quand on aperçoit des charansons dans le grenier, on jete sur le tas de blé des écrevisses vivantes. On les y laisse crever & pourir. Le grenier doit être bien fermé ; leur corruption y répand bientôt une odeur indifférente pour la qualité du grain, mais funeste aux animaux qui le mangent & qui y font leurs nids. Il est à propos de faire ce remede simple & facile le plus tôt que l’on peut, & dès qu’on s’aperçoit que les animaux se sont nichés dans le blé, oú ils font bien vite un assez grand ravage. L’épreuve annoncée réussit même avant que les écrevisses fussent mortes. Quatre heures seulement après qu’on les eût placées dans le grenier, M. le Président de Brosse y étant retourné par curiosité, vit déjà les insectes sortir de toutes parts du blé, & se hâter de fuir, quoique les écrevisses fussent encore vivantes. Ces insectes s’étoient déjà ramassés en quantité sur les murs du grenier qui en étoient tous noirs en plusieurs endroits, cherchant par les fentes & les petits trous, à s’échaper en dehors,oú le soleil & le grand air les font bien vite crever : au bout de deux ou trois jours on n’y en vit plus.
ADP - n 7 du 15/02/1776, p. 27
Commentaire : les fabricants de pesticides ont trouvés la parade : ils font crever les écrevisses des ruisseaux, qui leur font concurrence, pour que les agriculteurs utilisent leurs produits.
Pour ma part, je raffinerais le système, en récupérant les écrevisses encore vivantes, à des fins de consommation personnelle, quitte à en remettre d’autres dans le grenier.
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L’amour conserve

L’année derniere, auprès de Bressuire, une veuve, âgée de 84 ans, épousé un jeune homme de 23. On mande des environs de l’Ile-Jourdain, qu’un homme veuf depuis trois semaines, & âgé de 98 ans, a épousé, de 3 de ce mois, une fille de 25. Auprès de Partenay, un aveugle de naissance, âgé de 61 ans, a épousé le 23 Janvier, une fille de 24.
ADP - n 7 du 15/02/1776, p. 28
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Record de fécondité.

Singularité Naturele
Il y avoit l’année derniere chez M. Dupuy, Trésorier de France, à Poitiers, une servante nommée N. Gouttiere, âgée d’environ 24 ans, dont la mère, vivante & actuèlement à l’Hôpital Général de cette ville, a eu trente six enfans du même mariage. C’est le seul enfant qu’elle ait nouri de son lait, & qui a survécu à tous les autres, qui sont tous morts sans parvenir à un âge avané. Le pere étoit Chaudronier à Mirebeau. Il y a dans cet événement trois remarques intéressantes à faire. 1, La fécondité de cette femme ; 2, que l’enfant qu’elle a alaité soit précisément celui qu’elle a conservé : ce qui atteste encore combien il seroit avantageux à la population que toutes les meres en fissent autant ; 3, & cette derniere observation est triste, que cette mere, sans le secours de l’Hôpital, eût sans doute été obligée de mandier son pain dans sa vieillesse, malheur qui arive au plus grand nombre des persones du peuple à cet âge : ce qui prouve en même temps l’utilité des Hôpitaux & la dureté des cœurs.
ADP - n 1 du 02/01/1777, p. 3
Rectificatif

De Poitiers, le 6 Janvier (1777)
Vous avez été mal informé, M., sur quelques circonstances du phenomene naturel que vous raportés, Aff. Du 2 de ce mois. Il est sans doute peu intéressant de savoir que Jeanne Gouttiere n’a que 19 ans au lieu de 24 ; que Louis Gouttiere son pere, né à Jaunais, & mort il y a 10 à 11 ans à Mirebeau sur la paroisse de Notre-Dame, fut Potier & non pas Chaudronier ; qu’il avoit 32 ans lorsqu’il épousa Marguerite Chabrut, actuèlement sa veuve, qui n’en avoit alors que 15. Tout le phénomene, & c’en est un effectivement, se réduit à la fécondité de cette femme qui a eu 24 garçons & 8 filles ; & qui a fait 4 fausses couches. Plusieurs de ces enfans ont vécu jusqu’à 18, 20 & 23 ans. Il y en a eu 18 vivans à la fois. Mais elle n’a alaité aucun de ses enfans, pas même la fille qui survit seule à une famille si nombreuse. La curiosité m’a porté à aller moi-même interroger cette femme à l’Hôpital oú elle est. Elle est extrémement sourde ; elle se dit âgée d’environ 62 ans. (Signé, Dupuy, Etudiant en Droit.)
ADP - n 4 du 23/01/1777, p. 15

Commentaire :
Un peu trop gros pour être crédible. Nous avons donc fait une petite recherche sur les relevés paroissiaux de Notre Dame de Mirebeau.

Louis Gouttière, marchand poêlier s’est marié avec Marguerite Chabrut, le 15 février 1729. Ils ont eu (o = naissance, b = baptême, (+) = inhumation) :

Françoise b 02/03/1730 BMS-1730-1739, p. 3
Charles Louis ob 21/02/1731 BMS-1730-1739, p. 14
Anne ob 06/03/1732 BMS-1730-1739, p. 26
Louis Michel ob 19/08/1733 BMS-1730-1739, p. 41
Catherine b 15/10/1735 BMS-1730-1739, p. 65
(+) 24/10/1758 M. ND BMS-1750-1758, p. 106
Louis Charles o le 29, b 30/04/1737 BMS-1730-1739, p. 81
Charles ob 08/07/1738 BMS-1730-1739, p. 94
Jean ob 29/04/1740 BMS-1740-1749, p. 7
François ob 19/04/1741 BMS-1740-1749, p. 20
Françoise ob 09/08/1742 BMS-1740-1749, p. 31
Georges ob 28/10/1746 BMS-1740-1749, p. 71
(+) 26/11/1746 BMS-1740-1749, p. 72
Etienne ob 07/05/1748 BMS-1740-1749, p. 87
Jeanne ob 08/09/1749 BMS-1740-1749, p. 101
2 jours : (+) 14/09/1749 BMS-1750-1758, p. 3
Marie Marguerite o 01/12/1750 BMS-1750-1758, p. 8
Louise (= Marie) Marguerite
ca 1 mois (+) 10/01/1751 BMS-1751-1767, p. 7
Jean ob 26/04/1752 BMS-1751-1767, p. 12
(+) 27/04/1752 BMS-1751-1767, p. 18
Jeanne ob 14/04/1755 BMS-1751-1767, p. 46

Ce qui fait 16 enfants (9 garçons et 7 filles), dont seuls 4 n’ont pas vécu plus de 5 semaines.

Louis Goutiere, Marchand « poitier », âgé d’environ 55 ans, a été inhumé le 03/10/1758 Mirebeau ND (BMS-1750-1758, p. 106).
Jeanne Goutière s’est mariée avec Charles Blondet, maréchal, le 1er juin 1779, à Migné-Auxance. (BMS-1771-1782, p. 124).
Marguerite Chabrut est décédée le 11/08/1781 à l’Hôpital Général de Poitiers, dans le cimetière duquel elle a été inhumée le lendemain (S-1770-1792, p. 17).

16 enfants ce n’est déjà pas si mal, et mérite le prix Cognacq-Jay.
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Auteur(s) : Alain TEXIER
Contributeur GE86
REVUE DE PRESSE ANCIENNE Février 1776

Curiosités : Santé
Denrées
tempête
vie locale
Date et lieu :février 1776
Notes :Revue de presse ancienne - N7

n 7 et 6 des « Affiches du Poitou », du 18 février 1773 et du 8 février 1776.

Le prix des denrées

ETAT du Poids (du Boisseau) des grains des Villes & Lieux de la Généralité de Poitiers.
Commentaire : Il s’agit des prix du boisseau de froment, de méteil, de seigle, d’orge, d’avoine, de pois secs, etc. sur les différentes places de marchés de la région
ADP - n 7 du 18/02/1773, p. 25
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La vie des villes

Extraits de différentes Lettres
D’Argenton-Château, le 21 Janvier.
De Beauvoir-sur-Mer, le 24.
Commentaire : Date des marchés, et différentes données sur la vie économique des villes citées.
ADP - n 7 du 18/02/1773, pp. 26-27
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La tempête du 27 janvier

Des Sables-d’Olonne, le 4 Février.
La tempête du 27 Janvier, a fait du mal sur mer, comme sur le continent. Le matin de ce jour là étoit très beau ; toutes les barques étoient sorties pour aller à la Pêche. A midi le vent tomba au nord-ouest, & ouest forcé. Il s’éleva un ouragan affreux. Toutes les Barques ont failli périr, & n’ont regagné le Port qu’avec peine. Cependant une s’est brisée sur les rochers ; six hommes, formant l’équipage, se sont noyés. Une grande Chaloupe sortie de la Rochelle pour se rendre ici, a essuyé le même coup de vent, qui lui a emporté le Capitaine nommé Masson, & ce qu’il y a triste, c’est que sa femme & deux sœurs qui étoient dans ce Bâtiments, l’ont vu périr sans pouvoir lui donner de secours. Une autre Barque, chargée de Morue, & allant à Nantes, a perdu de la même maniere un homme de son équipage. Le même jour encore sur les 7 heures du soir, la Barque le St Jean, Cap. Croiset, des environs de Libourne, partie de Bordeaux le 21 Décembre pour l’Orient, chargée de vin, d’eau-de-vie, & de plusieurs ballots de draps, a nauffragé sur la Côte d’Olone. On sauvera une partie de la Cargaison : mais les draps sont avariés. Le lendemain 28 à 5 heures du matin, la tempête a jetté sur la même Côte, à un quart de lieues plus bas, la Barque la Paix, de Noirmoutiers, Cap. Louis Neau, chargée de 31 tonneaux de vin de Bordeaux, pour Vannes, le Capitaine a péri. Le reste de l’équipage s’est sauvé.
ADP - n 7 du 18/02/1773, p. 27
Commentaire : Durs métiers que les métiers de la mer.
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Perdrix bicolores

De la Roche sur-Yon, le 30 Janvier.
On a apperçu, il y a un mois, dans les environs de la Chaise-le-Vicomte, une compagnie de Perdrix, ayant le plumage blanc, le bec & les pattes rouges. On en tua une qui fut portée au Procureur-Fiscal de M… qui défendit expressément de les tuer, même de les chasser.
ADP - n 7 du 18/02/1773, p. 27
Commentaire : Des perdrix blanches et rouges, un procureur Vert.
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Les vieux et leur santé

De Lusignan, le 31.
La vue d’un vieillard est un spectacle intéressant pour le cœur & pour la politique. Il y en a quelques-uns dans cette contrée. Il en est mort depuis peu : l’un (Madame Amirault, de Celle l’Evécau) âgée de 92 ans ; l’autre, (la veuve Ardoin, de Cursay) de 95 ans. Ces deux femmes ont conservé jusqu’au dernier moment leur raison & leur santé. Le plus remarquable des vieillards existants, est le sieur Fraigneau, de Bagneau, âgé de 90 ans. Il est encore très sain, robuste, d’une belle figure, & a tous ses cheveux qui sont d’un beau blanc. Cet homme n’a été malade qu’une fois en sa vie. Il eut à 50 ans, une fievre quarte, qui céda après un mois. Sa vue s’affoiblit alors ; il prit des lunettes. Il les a laissées à 80 ans. Il avoit aussi perdu toutes ses dents. Il lui en est venu deux à cet âge. Il fait volontiers 4 lieues à pied. Il a un frère âgé de 78 ans, demeurant à Lusignan, qui jouit d’une santé excellente. Il lui survint il y a cinq ans une hernie, que l’on entreprit de guérir. Les Médecins & les Chirurgiens, après beaucoup de soins, renoncerent à cette cure. Il eut recours à une femme qui avoit une recette pour cette maladie. Il en fut délivré par la Dame Bernard, qui lui donna une poudre composée de plusieurs simples, qu’il prenoit trois fois par jour dans une soupe legere, & tout en faisant ses affaires journalieres. Cette femme morte l’année derniere âgée de 80 ans, a fait gratuitement un nombre de cures admirables. Elle n’a jamais voulu publier son secret. On croit cependant qu’elle en a fait part à la Demoiselle Quinefaut, sa fille, qui a traité avec succès plusieurs personnes atteintes de la même maladie. Il seroit bien à desirer pour l’intérêt de l’humanité, que ce secret fût connu. On assure qu’il ne produit aucun effet sur les enfants. Cela est fâcheux, car il y en a beaucoup, que la négligence ou la brutalité de leurs nourrices jettent dans cet état.
ADP - n 7 du 18/02/1773, p. 27
Commentaires :
1) Passe encore que le vieux monsieur de 80 ans retrouve une bonne vue, mais de là à croire qu’il fait une poussée de dents, sans retomber en enfance… Je préfère laisser les spécialistes de santé de juger.
2) Le rédacteur en Chef des Affiches doit avoir un vieux compte à régler avec les nourrices : voir l’article « le sein » dans une précédente revue de presse.
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L’homme fatal

De B.. en B. M. le 26.
Un jeune homme de cette ville éprouve & fait éprouver une fatalité bien singulière. Il rechercha en mariage, il y a quelques années, une Demoiselle d’A... l’affaire conclue, elle mourut avant la fin du mois. Il en a recherché une au D… l’accord fait, elle mourut trois semaines après. Enfin il s’est replié sur sa patrie, dans l’espoir d’y être plus heureux ; même accident, nouveau malheur, le troisieme objet de ses vœux est mort 13 jours après la promesse du don de sa main, on l’a enterré ce matin.
ADP - n 7 du 18/02/1773, p. 27
Commentaire : en est-il besoin !
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Aurore boréale suite

M. Luminais fils, nous écrit de l’Isle-Bouin, que le Phénomene du 16 Janvier, dont nous avons rendu compte, y a été apperçu le même jour vers les neuf heures du soir. Le détail qu’il est fait, est, on ne peut pas mieux écrit, … (mais nous n’avons pas de place pour le publier) … L’opinion de M. Luminais, est que ce Phénomene qui a été aussi apperçu à Tours, est une véritable aurore boréale. Son opinion est fondée en principes ; c’est aussi celle de l’Auteur des Affiches de Tours. Ce Phénomene a été observé à Poitiers, par un très grand nombre de personnes, tel que nous l’avons rapporté. (Voyez le Traité Phisiq. & Histor. de l’aurore boréale, par M. de Mairan, dans les Mém. de l’Acad. Roy. Des Sciences, année 1731.)
ADP - n 7 du 18/02/1773, p. 28
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La mule au lait de vache

Extrait d’une Lettre des environs de Chef-Boutonne.
[Résumé] : Le nommé David Colon, du village de Couturelle, paroisse de Saint Martin d’Entraigues, près Chef-Boutonne, avait une belle jument, qui mit bas une très mule, mais en mourut. Voulant conserver la mule, il lui fit prendre du lait de vache, et « la mule a grandi à vue d’oeil, elle est beaucoup plus haute que cette espece ne l’est à cet âge. »
ADP - n 6 du 8/02/1776, p. 22
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Le pain à la pomme de terre

Extrait d’une lettre des environs de Chaunay
[Résumé] : Si ol’é bon pour les gorets (sauf vout respect), o s’rait aussi bon pour les Chrétiens.
ADP - n 6 du 8/02/1776, p. 22
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L’OVNI de Châtain

Extrait d’une lettre des environs de Civray
Cinq particuliers de la paroisse du Bouchage, sortant du Château de Foulebon, près la paroisse de Châtin, en Poitou, le 18 Décembre dernier, & étant arivés, vers une heure après le coucher du soleil, à la métairie de la Grange-Dubois, dépendant dudit Château, aperçurent en l’air, du côté de l’occident, un globe de feu qui leur parut être de la grôsseur d’une ponne à lessive, (c’est leur expression) qui étoit traversé d’un chevron ardent en forme de lame. Ce globe voltigeoit du midi au nord ; le chevron traversant se divisa bientôt en deux parties, dont l’une voltigea à droite & l’autre à gauche en forme de serpent. Ensuite le globe descendit vers l’horizon, toujours à l’occident, & les deux autres parties s’y réunirent en reprenant leur premiere forme. Elles se séparerent encore comme ci-devant, le globe étant remonté vers l’orient, & les deux parties du chevron, l’une se précipitant en terre, & l’autre montant perpendiculairement, disparurent. Le globe revint encore à l’occident, s’agrandit prodigieusement, & jeta une éclat si lumineux qu’on avoit peine à le fixer. Ces particuliers jouirent de ce spectacle pendant une demi heure de marche ; ils le perdirent de vue en arivant au Bouchage. Le globe leur parut se précipiter dans l’horizon occidental… La nuit du 25 au 26 du même mois de Décembre, vers les 3 heures du matin, deux persones venant du vieux Ruffec à Civray, & parvenus sur un monticule, près le bourg de Genouillé, à la distance d’une lieue & demi de Châtin, virent entre l’orient & le septentrion un pareil globe de feu, mais n’étant point comme celui du 18 traversé par un chevron ; il avoit la forme de la lune au plein naissant, mais trois fois plus large, & jetant autant de lumiere dans cette partie que feroit la lune mêm, malgré qu’il pleuvoit & que l’air étoit très-obscur à l’occident. Ils l’aperçurent pendant un quart d’heure ; mais ils ne lui virent aucun mouvement, & ils le perdirent de vue insensiblement, à mesure que le chemin qu’ils suivoient se trouva moins élevé. (12 Janvier 1776)
ADP - n 6 du 8/02/1776, p. 22



Auteur(s) : Alain TEXIER
Contributeur GE86
REVUE DE PRESSE ANCIENNE Janvier 1773

Curiosités : Maternité
Naufrage
Santé
Astronomie
Statistiques
Date et lieu :28 janvier 1773
Notes :Statistiques

Pendant l’année 1772, il est mort sur la paroisse de Notre-Dame de la ville de Nyort, 189 personnes : il y a eu 232 baptêmes, & 74 mariages. Pendant l’année 1771, il y avoit eu 153 morts, 47 mariages, & 230 baptêmes. La population gagne dans cette ville là. (Nous devons cette note & la nouvelle de la mort de M. de Mougon, à M. Bion, Curé de Notre-Dame de Nyort, qui veut bien prendre à nos Feuilles, l’intérêt d’un bon citoyen. Nous espérons que son exemple sera suivi. Nous recevrons avec reconnoissance ses secours & ses conseils.)
AANADPP - n 4 du 28/1/1773, p. 14
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Epidémie de triplés Les triplés d’Aizenay

De Palleau, le 13.
Si les accouchements triples étoient heureux, la Province de Poitou seroit bientôt la plus peuplée du Royaume. Voici un troisieme exemple depuis un mois. La femme de Pierre Gloiriau, Tisserand à Aizenay, Bas-Poitou, mariée depuis 6 ans, & n’ayant point encore eu d’enfants, est accouchée de trois enfants mâles, un le Lundi, & deux le lendemain. Le premier a été baptisé à la maison ; & les deux autres à l’Eglise. Ils n’ont vécu tous trois que quelques heures.
AANADPP - n 4 du 28/1/1773, p. 14
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L’anorexique suite et triste fin (prévisible)

Nouvelles de la Province
Des Herbiers, le 17.
On ne dissertera plus, & on ne fera plus de plaisanteries à l’occasion de la femme Rigaudeau, du lieu de St Mars-la-Réorthe, qui n’a ni bu, ni mangé, ni dormi depuis 8 mois. Cette femme vient de mourir. A tout prendre, cette abstinence ne devroit pas paroitre plus extraordinaire que l’état d’une fille de Clisson, en Bretagne, âgée de 55 ans, morte en Novembre 1771, qui dormoit 8 ou 15 jours de suite & quelquefois trois semaines sans prendre aucune nourriture, & qui, lorsqu’elle étoit éveillée, restoit souvent 8 ou 15 jours sans pouvoir proférer une parole. On peut mettre encore sur la liste des événements merveilleux, cette fille du Vivarais, qui tous les ans, depuis 30 ans, s’endort précisément le premier Mars, reste immobile dans un état de mort, & ne se réveille que le 19 du même mois, précisément à minuit (Voyez les Etrennes Mignones de l’année 1773.)
Il faut avouer que tous ces faits peuvent servir de Mémoires bien intéressants pour l’Histoire du 18e siecle. Remarquons en passant que les hommes ne sont point sujets à des maladies aussi singulieres. Il seroit peut-être curieux d’examiner pourquoi les femmes ou filles y sont, seules, exposées.
AANADPP - n 4 du 28/1/1773, p. 14
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Mine d’antimoine

Exploitation d’une Mine d’Antimoine.
On découvrit, il y a quelques années, une mine d’Antimoine, près le Château de la Ramée, paroisse du Boupaire, à une lieue de Pouzauges, en Bas-Poitou. On essaya de l’exploiter ; on en fût bientôt dégoûté par l’abondance des eaux, qui dérangeoient chaque jour les Travailleurs, & parvinrent à les chasser de la mine. On vient de reprendre ce travail, qui a plus de succès. Trente à quarante ouvriers y sont actuellement occupés. Le produit est considérable. On a trouvé le secret de détourner les eaux. Il y a près de cette mine un puits dont l’eau est minérale, & propre, dit-on, à guérir plusieurs maladies chroniques. La découverte de cette mine offre une ressource, puisqu’elle occupe des bras. On fait que l’Antimoine a donné lieu à de grandes contestations 1566, sa nature n’étant pas encore bien connue, un Decret de Médecine, confirmé par l’Arrêt du Parlement, en proscrivit l’usage. Malgré ces ordres, Paumier de Caen, grand Chimiste & habile Médecin, prévoyant le grand avantage qu’on pourroit en tirer en Médecine, osa s’en servir en 1609, & fut dégradé. Ce n’est qu’avec lenteur, & après avoir lutté contre l’espece humaine, qu’on parvient à lui être utile. La vertu de ce minéral fut enfin reconnue, & il fut inséré dans le livre des Médicaments en 1637. L’Antimoine, manié par des mains habiles, est devenu une des bases fondamentales des remedes capitaux. L’Art est parvenu à le maîtriser & à lui faire produire les effets de vomitif, de purgatif, ou de simple altérant. On en fait le kermès minéral, le tartre émétique, le souffre doré d’antimoine, & une multitude d’autres préparations. Il est aussi d’usage dans les Arts : on s’en sert pour purifier l’or & pour polir les verres ardents. Mêlé au cuivre, il rend le son des cloches plus fin ; mêlé en petite quantité avec le plomb, il forme les caractères d’imprimerie : il rend l’étain plus blanc & plus dur. L’émail jaune de la fayance se fait avec de l’antimoine, la suie, le plomb calciné, le sel & le sable. (Voyez le Dict. d’Hist. Nat. Par M. de Valmond.)
AANADPP - n 4 du 28/1/1773, p. 14

Commentaire : Malgré les apparences, le titre n’a rien d’anticlérical.

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Aurore boréale

PHENOMENE
Le Samedi, 16 de ce mois, vers les 6 heures & demie du soir, environ deux heures après le coucher du soleil, à la suite d’une pluie légère, dont le nuage s’étoit dirigé du nord au sud, & l’athmosphere étant devenue claire et sereine, des Voyageurs qui revenoient de Châtellerault, apperçurent, tout-à-coup, sur leur droite, au nord-ouest de Poiriers (sic), d’oú ils étoient alors éloignés d’un peu plus d’une lieue, un Phénomene singulier, qui éclaira leur marche pendant plus d’une heure. C’étoit un très grand nombre de flammes, ou gerbes de feu, en forme de barre ou chevron, élevées perpendiculairement audessus de l’athmosphere, dans la moyenne région de l’air, & conservant entr’elles une distance que l’œil jugeoit être d’environ un pied. Une de ces flammes cependant étoit beaucoup plus éloignée des autres, & pouvoit être regardée comme le chef de la colonne. La couleur de feu de toutes ces flammes étoit, dans le principe, d’un jaune pâle. Elles resterent pendant quelque temps, comme suspendues & immobiles dans leur position. Ensuite la colonne s’ébranla, & dirigea dans le même ordre sa marche vers l’est, puis tout-à-coup, la gerbe qui précédoit toutes les autres s’étant dissipée par un éclair qui brilla extraordinairement, ce fut, si on peut s’exprimer ainsi, comme un signal ; toutes les flammes se réunirent & formerent une seule masse de feu, d’un rouge de sang très vif, qui répandoit au loin la lumiere la plus éclatante, & continua sa marche dans cet état, toujours à la même élévation. Enfin cette masse se déploya peu à peu, & se divisa en deux parties, dont l’une suivit la route de l’est, & l’autre prit celle de l’ouest. Leur lumiere redevint alors d’un pâle clair, de sorte que l’on voyoit très distinctement les étoiles à travers la nuée de feu, qui se portoit vers l’ouest. Les Voyageurs perdirent bientôt le plaisir & le secours de ce spectacle curieux par le retrécissement de l’horizon, borné à gauche par la ville de Poitiers, à droite par les côteaux, qui l’entourent dans cette partie. Les circonstances de ce Phénomene méritoient d’être décrites. Il aura peut-être été apperçu dans d’autres contrées. Il fut aussi remarqué de la ville même, par quelques personnes qui le virent passer sur l’étang de St Hilaire, audessous & au sud-ouest de ses murs. Ce sont sans doute de ces météores-igné, ou feux-follets, qui se voyent dans les lieux d’oú s’élevent des parties volatiles-inflammables, tels que les cimetieres, les gibets, les lieux marécageux, & oú l’on tire de la tourbe. Ils paroissent plus communément en été & au commencement de l’automne, sur-tout dans les pays chauds. Ces feux-follets, ou feux-électriques, qui quelquefois volent à peu de distance de la terre, & paroissent aller çà & là à l’aventure, sont la terreur des gens de la campagne, qui leur attribuent la malice de chercher à égarer les voyageurs, parce qu’ils fuient ceux qui les poursuivent, & poursuivent ceux qui les fuient : effet tout naturel produit par l’air comprimé,, qui chasse cette flamme légère devant celui qui la poursuit, tandis qu’elle paroit pousuivre celui qui fuit, parce qu’elle se précipite dans le vuide qu’il laisse en fuyant. Lorsqu’on les saisit, on trouve que ces exhalaisons enflammées, ne sont autre chose qu’une matiere lumineuse, glaireuse comme le frai de grenouille, & qui n’est ni brûlante ni chaude. Au surplus, nous n’avons pas vu ce Phénomene ; nous ne le rapportons que d’après le récit d’un Voyageur. Si cette nuée de feu ne se fût pas divisée en deux colonnes, dont l’une suivit la route de l’est, & l’autre prit celle de l’ouest, on pourroit soupçonner que c’est une aurore boréale. Elles paroissent ordinairement du côté du nores, deux ou trois heures après le coucher du soleil. Elles se montrent communément l’hiver ; au lieu que les météores-ignés ou feux-follets ne paroissent guere que dans l’été. Les aurores boréales sont presque toujours fixes dans le même aspect, & éclairent mieux le ciel que le font les météores ordinaires, qui changent souvent de position, que l’on appelle par cette raison « ambulones, & qui sont plus près de la terre. L’aurore boréale est aussi une colonne de feu, qui prend mille couleurs, mille formes différentes, & a différents mouvements. Plusieurs représentent un arc simple ou double. D’autres ressemblent à des drapeaux qu’on feroit voltiger dans l’air, & par les nuances des couleurs dont elles sont teintes, on les prendroit pour de vastes bandes de ces taffetas que nous appellons « flambés ». Quelquefois elles tapissent certains endroits du ciel en écarlate. Lorsque ce Phénomene est dans sa plus grande magnificence, une espece de couronne lumineuse se forme vers le zénith. C’est un beau spectacle pour les Philosophes. Le peuple qui s’effraie de tout, parce qu’il est ignorant, croit y voir des chars enflammés, des armées combattantes & mille autres prodiges. Les aurores boréales sont très communes chez les peuples voisins des pôles ; elles sont pour eux un dédommagement de l’absence du soleil. M. de Maupertuis dit avoir vu dans ce pays, des nuits qui auroient fait oublier l’éclat du plus beau jour. On prétend qu’il n’en a été apperçu fréquemment en Europe que depuis 1716, & très rarement avant cette époque. Les Observateurs étoient sans doute plus rares. On en vit une à Lisbonne, en 1764, qui dura plus de 4 heures. (Voyez le Dict. d’Hist. Natur.)
AANADPP - n 4 du 28/1/1773, pp. 15-16

Extrait d’une Lettre écrite des environs de Bressuire, le 19.
Nous avons apperçu, ici, samedi 16, vers les neuf heures du soir, un Phénomene extraordinaire. C’étoit comme une nappe de feu qui voltigeoit dans l’air. D’abord elle étoit quarrée, puis elle devint longue, & disparut après avoir éclairé long-temps l’athmosphere. Nous avons eu la nuit du 17 au 18 un ouragan affreux, mêlé de vent & de tonnerre. Il pleut considérablement depuis quelques jours : ce qui nous fait craindre qu’en plusieurs endroits les eaux ne déracinent les bleds, & n’emportent l’engrais des terres. Ce temps, à la suite du peu de gelée que nous avons éprouvé, acheve de rendre les chemins abominables dans notre contrée, oú naturellement ils ne sont pas beaux. Voilà une saison bien rigoureuse.
AANADPP - n 5 du 4/2/1773, p. 19

Commentaire : Le phénomène observé est sans nul doute une aurore boréale. Il est surprenant que le rédacteur ne l’ait pas compris. Il n’a évidemment aucun lien avec la tempête sur Bressuire.
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Naufrage

La nuit du 17 au 18 de ce mois, un grand Bâtiment à 3 mâts, s’est perdu sur la pointe de l’Eguillon, près St Michel-en-l’Herm. On en ignore le nom. Ce Bâtiment est encore droit, & ses mâts debout. On y a envoyé du secours de l’Isle-de-Rhé. …
AANADPP - n 4 du 28/1/1773, p. 16



Auteur(s) : Alain TEXIER
Contributeur GE86
REVUE DE PRESSE ANCIENNE N10

Curiosités : tempête
Anecdote
Orage
Médecine
Date et lieu :1776
Notes :REVUE DE LA PRESSE ANCIENNE
N 10

Bonne lecture, Alain

Extraits des Affiches du Poitou

Encore un allaitement fatal.

Lettre écrite du Haut-Poitou
On m’a parlé depuis peu de jours d’une femme qui avoit nouri six enfans de son mariage, & qui les a perdu tous six, à peu près à la même époque, savoir à l’âge d’environ trois ans, par des maladies très-semblables, dont je crois pouvoir attribuer la cause & l’analogie à la mauvaise pratique qu’avoit suivi cette mere, de retirer son premier enfant de nourice, après être accouché du second, & de lui donner un lait que la nature n’avoit pas préparé pour lui. Elle a continué de cette sorte jusqu’au sixieme, sur l’idée qu’elle avoit que son lait étoit dans cette circonstance plus abondant que celui des nourices, & elle a été punie de s’être crue plus sage que la nature. Je viens de m’informer du fait, à cette femme même, qui m’est convenue que ce malheur lui est arivé par son imprudence. Ses six enfans sont morts hydropiques ; le septieme qu’elle a nouri dès l’instant de sa naissance & qui est parvenu à l’époque fatale à ses frères, est dans un état de santé & de vigueur qui confirme les torts de sa mere & justifie ses regrets. C’est l’épouse d’un honête bourgeois de ma connoissance qui consent que l’on publie ce qui lui est arivé, pour avertir peut-être quelques meres, du danger qu’il y a de s’éloigner de la route que nous a tracé la nature.
Affiches du Poitou, n 9, du 3 mars 1774, page 38

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La valise

ANECDOTE
Au mois d’Août 1770, un Laboureur du village de Borc, sous Airvault, trouva entre Borc et Assais, vis-à-vis Jumeau, sur le chemin de Thouars à Assais, une grosse valise de cuir fermée d’un cadenat, qu’il eut bien de la peine à lever. Il se servit des cordeaux de son atelage pour la faire tirer par ses mules dans un champ voisin, oú il la couvrit de terre. Trois quarts d’heures après, il vit venir un homme ayant une mauvaise redingote blanche, un chapeau brodé, & monté sur un très beau cheval noir, lequel lui demanda s’il n’avoit rien trouvé ; la premiere réponse du Laboureur fut négative ; l’inconnu ayant répliqué qu’il avoit perdu une valise, le Laboureur convint de l’avoir trouvéé, & exigea avant de la rendre, que cet inconnu se dépouillât ; il vouloit apparemment voir s’il n’avoit point des armes ; l’inconnu fit ce que le Laboureur exigeoit. La valise fut rendue ; ils eurent beaucoup de peine à la remettre sur le cheval de l’inconnu, qui se hâtoit beaucoup, qui dit au Laboureur qu’il y avoit trois nuits qu’il n’avoit dormi, & qui partit sans lui rien donner, prenant la route de Poitiers ; mais le Laboureur avoit déjà éventré la malle, qui étoit pleine de bourses remplies d’or & d’argent, & en avoit pris quelques pièces, entr’autres une pièce d’Espagne. L’inconnu avoit bien apperçu que la malle étoit percée & il n’en dit rien.
Affiches du Poitou, n 9, du 3 mars 1774, page 40

Commentaire : Ce n’est pas très clair, tout ça. Je soupçonne quelques pressions assez musclées pour que le Laboureur lâche si facilement le morceau. Avec plusieurs dizaines de kilos d’or et d’argent (il fallait être deux pour monter la valise sur un cheval), il aurait eu la meilleure des raisons de se taire !
Quand au voyageur qui trotte ou galope (il paraît pressé) avec une valise percée de cette sorte, le petit Poucet n’aurait eu aucun mal à assurer la subsistance de sa pauvre famille pendant quelques siècles.

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Orage meurtrier

De Champagne-Mouton, 23 Février.
Il a fait tout le jour un temps afreux, qui a été marqué par un événement funeste. Il s’est élevé dès ce matin un vent très-impétueux. Vers les neuf heures, l’air étoit chargé de nuages épais, menaçans de grêle, & il en est tombé. On a entendu du tonerre au loin, & cela paroissoit extraordinaire dans cette saison. On n’a pu en douter vers les onze heures ; il a été fort, & à midi tout l’atmosphere a paru comme en feu. A la suite d’un éclair très-vif, la foudre est tombée avec le plus grand fracas sur le colombier de la maison de la Simonie, apartenant à M. Fouquet de la Boissiere, Inspecteur des Domaines du Roi en la Généralité de Poitiers. Les murs de ce colombier, quoique très-épais, ont été renversés ; delà la foudre a pénétré dans la boulangerie, oú elle a tué un domestique, que l’on a trouvé écrasé & à demi consumé sous les ruines de ce bâtiment ; Elle a ensuite traversé une grande cour, & est entrée dans la cuisine, oú se trouvoient dans ce moment Madame Fouquet avec ses enfans & ses domestiques, qui ont tous été renversés, mais sans recevoir aucun mal. Les effets de ce météore sont toujours aussi singuliers qu’éfrayans.
Affiches du Poitou, n 10, du 7 mars 1776, page 28

Commentaire : Foudre en boule ?

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Tempête

De St-Gilles-sur-Vie, 30 Décembre (1775)
Dimanche dernier, 24, nous essuyâmes une tempête furieuse depuis midi jusqu’à 6 heures du soir. Toutes les barques qui étoient dans le Port faillirent périr ; les câbles & cordages de 4 furent brisés ; celle du Capitaine Petit fut jetée sur le quai. Heureusement c’étoit à l’issue des Vêpres, il s’y porta beaucoup de monde, on la secourut à propos. Le même jour trois jeunes gens de Notre-Dame de Riez, se promenant dans une Yole, l’un d’eux eut peur, se pencha, l’Yole se renversa ; il s’est sauvé, mais les deux compagnons se sont noyés. Le Lundi le temps fut calme ; on aperçut au large devant notre rade 5 grôs bâtimens, dont deux étoient démâtés. Le Mardi on trouva sur la côte de St-Hilaire-de-Riez un grand mât d’environ 23 pouces ce diametre, une vergue de 62 pieds de long, un mât de hune cassé, des vergues, des gréemens ; tous ces effets sont de proportion à faire juger qu’ils sont d’un bâtiment de 600 tonneaux. On trouva aussi sur la côte de Notre-Dame de Mont, 4 hommes noyés ; & on voit à la mer un petit bâtiment flotant au gré des eaux.
Affiches du Poitou, n 2, du 11 janvier 1776, page 8

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La cataracte

Lettre de M. Faulcon, Avocat, à Châtellerault, à M. JOUYNEAU DESLOGES
L’Histoire d’une opération de la Cataracte faite par un Chirurgien de cette ville, ne paroîtra pas sans doute déplacée dans votre Feuille. Elle piquera d’autant plus la curiosité, qu’elle a réussi sur une persone âgée de 78 ans. Au moins devra-t-elle plaire aux vieillards affligés de la même maladie, qui se la feront lire. Cette opération a été faite à Madame de Lagorse, demeurant au bourg de Château-Poinsat, près Limoges, mere de M. de Lagorse, Président-Trésorier de France à Riom. Elle avoit la Cataracte aux deux ieux depuis environ 4 ans, lorsqu’elle entendit parler de la dextérité de M. Dupré, Chirurgien, nouvélement établi à Châtellerault. (…). Elle l’appela au mois de Novembre dernier. L’opération fut faite le 13, & fut très heureuse ; les effets en eussent été probablement assez prompts, si la malade se fût bien conformée au régime : & ce n’a été qu’après 35 jours de soins & de traitemens qu’elle a recouvré l’usage de la vue. Quel bonheur ! quelle satisfaction ! après 4 ans d’aveuglement ! qui pouroit exprimer les transport d’une telle joie ? .. Il est à observer que cette Dame a un œil moins vigoureux que l’autre ; ce qui vient selon toute apparence, d’une légere inflammation & de trois accès de fievre, qu’elle s’étoit bien attirés après l’opération. On doit conclure de ce fait, qu’on peut être opéré de la Cataracte à tout âge. Il est même une nouvelle preuve que l’humeur vitrée ne participe point à l’embaras du crystallin. Ce succès qui fait honneur à M. Dupré, a été précédé par bien d’autres du même genre ; Disciple du célebre M. Deshayes-Gendron, il a opéré par Extraction, & non par Abaissement. Chacun sait aujourd’hui la supériorité de la premiere méthode. Les connoissances que j’ai été à même d’acquérir dans cette partie, m’ont porté à lui rendre le présent témoignage qui lui est dû bien légitimement. (7 Janvier 1776)
Affiches du Poitou, n 3, du 18 janvier 1776, page 11

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REVUE DE PRESSE ANCIENNE N11

Curiosités : Eclipse
Inhumé dans l’église
Médecine
Date et lieu :1775
Notes :REVUE DE LA PRESSE ANCIENNE
N 11

Bonne lecture, Alain

Extraits du Portefeuille des Dames

Les artificiers amateurs

EVENEMENT
Châtellerault, 10 ventôse an 8. La poudre à canon coûta la vie à celui à qui l’invention en est due. Combien de victimes ne pourrait-on pas compter parmi ceux qui ont voulu faire des essais sur une matière qui présente peut-être encore le problème à résoudre, de savoir si sa découverte a fait plus de bien que de mal à l’espèce humaine !
Le citoyen Bourgine le jeune, résidant dans la commune de Savigny, canton de Saint-Genest, vient d’en faire la funeste expérience ; une livre et demi de poudre de chasse qu’il soumettait à quelques préparations pour la perfectionner sans doute, a fait explosion sous ses mains. Tous ceux qui connaissent l’effet de l’expansion se persuaderont aisément quelle a dû en être la suite dans un appartement, sur cette quantité, quoique non comprimée.
Ce malheureux jeune homme et sa jeune épouse qui a partagé le même sort, ont été retirés des décombres tout mutilés, et les circonstances dont on accompagne cet accident font douter qu’ils y survivent.
Portefeuille des Dames, n 17, du 20 ventôse an 8, page 2 du suppl.

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Extraits des Affiches du Poitou

La Quintaine

De Thouars, 21 décembre (1776)
Résumé :
Une coutume voulait que le jour de la Trinité, chaque meunier dépendant de la terre de ce qui n’était alors que le Vicomté de Thouars (avant son érection en Duché), aille au moulin du Vicomte. Ils donnaient chacun 4 deniers, et quatre d’entre eux allaient planter un piquet couronné de fleurs au milieu de la rivière. Un autre va à la nage arracher ce piquet, et les quatre premiers vont le chercher en bateau, et l’amènent auprès des officiels pour leur porter les fleurs, … et les sous.
Autre coutume pour le Mardi Gras : chaque nouveau marié dont la profession se rapporte au bâtiment ou à l’ameublement se rend avec une pelote ou une boule de bois à la " porte du Prévôt ", et jette sa pelote oú il veut (mare, maison). Tous les autres ouvriers courent récupérer cette boule, et celui qui la remet au lanceur a droit à une récompense.
ADP - n 1 du 02/01/1777, p. 3

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Eclipse de Soleil

De St-Maixant,, 11 Janvier
L’Eclipse de Soleil, annoncée pour le 9 de ce mois, a été très sensible ici, à 3 h. 45 min. de l’après midi : l’air étoit fort sérin, le vent à l’est, l’immersion s’est manifestée, les rayons du soleil eclipsé. On présume que l’Eclipse a été annulaire. Il sembloit qu’on distinguoit un anneau de lumiere répandu autour de la Lune. Dans l’instant de la conjonction des disques, on a aperçu un nuage de feu fort leger qui a couvert les deux globes pendant une minute. Les rayons du soleil ont ensuite commencé à darder du côté du couchant, la partie supérieure du soleil restant obombrée. Ce nuage de feu s’est ensuite métamorphosé en une espece de rideau brun, qui laissoit à peine apercevoir l’interposition de la lune sur la moitié du globe du soleil. A trois fois differentes le disque de cet astre n’a point répandu de rayons, & alors on croyoit voit le jeu d’un prisme, toutes les couleurs se manifestoient à la vue. A 4 heures precises, un nuage obscur a dérobé la suite de l’Eclipse, & à l’instant le vent est venu sud-ouest. Il y a eu pendant toute la nuit une espece d’ouragan, & le dégel a suivi. Il tombe depuis hier matin une petite pluie fine en forme de rosée ; le vent tient toujours au sud. Il en ariva autant lors de la fameuse Eclipse du 1 Avril 1764, que l’on ne put reconoître ici à cause d’un brouillard considérable. On a toujours remarqué qu’il venoit de la pluie à la suite des Eclipse de Soleil.
ADP - n 5 du 30/01/1777, p. 19
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Inhumations dans l’église

De Mirebeau, 12 Janvier
La Déclaration du Roi, du 10 mars 1776, concernant les inhumations, a commencé à être exécutée en cette ville, dès le mois de Septembre dernier, d’après la vigilence de M. le Procureur Fiscal, qui alors dans deux occasions notables déclara qu’il s’opposeroit à l’inhumation commune dans les Eglises ; de sorte que depuis ce temps, on observe généralement l’usage de n’enterrer les morts que dans les Cimetieres.
ADP - n 5 du 30/01/1777, p. 19
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Accident stupide

AVIS DIVERS
Le Récit d’un accident arrivé par une imprudence, est toujours une leçon. Un Maréchal de cette ville, ayant trouvé parmi des morceaux de vieux fer qu’il avoit, un canon de pistolet qui étoit chargé, voulu le rompre pour le décharger ; il le plaça dans un étau, & chercha à le briser avec un marteau ; une étincelle enflamme la poudre, le coup part, & comme l’embouchure du canon étoit vis-à-vis le Maréchal, il reçoit deux balles qui lui traversent une cuisse ; la boure étoit restée dans les chairs, la blessure est très grave ; cet homme est l’Hôtel-Dieu.
Affiches du Poitou, n 9, du 3 mars 1774, page 39

Commentaire : C’est pas malin !
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L’hydropisie

MEDECINE
M. L. M. D. B. T. allant visiter il y a quelques jours ses domaines dans la paroisse de Charrais, à 5 lieues de cette ville, fut averti en passant dans le bourg, que la femme d’un pauvre journalier, nommé Blanchet, soufroit depuis trois mois d’une hydropisie considérable, qui étoit à la veille de l’étoufer ; l’enflure avoit gagné toutes les parties du corps, la respiration étoit très-pénible, l’impuissance de se mouvoir étoit devenue absolue, on avoit administré envain plusieurs remedes, la malad étoit abandonnée de tous les gens de l’Art, elle avoit même reçu les derniers secours spirituels. M. L. M. D. B. T. attiré par sa charité dans cette maison, espéra par les connoissaces qu’il a d’ailleurs dans la Médecine, de pouvoir soulager cette malheureuse femme ; quand il eut vu son état, il tire de sa poche une piece de six sols, la donne au mari de cette femme, & lui dit d’aller acheter de l’huile d’olive ; il ne s’en trouva point dans le bourg de Charrais ; on fut en hâte au bourg de Neuville ; la malade en but un plein gobelet ; un quart d’heure après, il lui sortit par la voie des urines, une quantité considérable d’eau rousse & sanguinolente ; l’enflure diminua à mesure de l’écoulement ; enfin la malade s’est trouvée rétablie en peu d’heures ; on l’avoit levée. Le premier effet de ce breuvage fut douloureux ; ce fut une véritable crise qui fit beaucoup soufrir la malade ; tous ceux qui l’entouroient, l’exhortoient à la patience & à l’espoir. Voilà une femme rappelée à la vie pour six sols ; elle périssoit si M. L. M. D. B. T. avoit, comme auroient peut être fait tant d’autres, dédaigné d’entrer chez elle, s’il n’avoit pas mis quelque intérêt à se procurer quelques connoissances dans la Médecine. On se rappele que les frictions d’huile d’olive ont été conseillées pour la même maladie. Cette expérience prouve que prise intérieurement, elle obtient le même succès, & nous sommes bien flatés de l’annoncer. L’Art va chercher si loin les secours qu’on atend de lui ! la nature prévoyante est plus simple, elle les place sous nos ieux ; il n’est question que de la consulter.
Affiches du Poitou, n 1, du 4 janvier 1775, page 2

Commentaire : Qui est le personnage désigné par ses initiales ? Monsieur le Marquis de … … ?
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L’Eau de Santé

CHIMIE
Un habitant du Poitou, que son goût porte à rechercher la propriété de différentes productions de la nature & à analyser les procédés de différens Arts, a examiné une Eau de Santé, venant d’Avignon & qui se 24 # la pinte. Il a trouvé que ce n’étoit que de l’eau oú on avoit suspendu du mercure pendant l’ébullition, ou bien dans laquelle on avoit délayé du mercure gommeux. Il a conclu de differentes expériences qu’il a faites d’après ce soupçon, que si le mercure est bon contre les vers, l’eau ou on auro suspendu un nouet pendant l’ébullition, peut reprendre son ancien crédit. Elle s’en charge beaucoup, & avec le microscope on voit facilement les petites goutes dont cette eau est toute chargée malgré la différence de la gravité spécifique de ces deux liqueurs. L’eau de pourpier, réputée vermifuge, en est aussi, naturellement imprégnée. Le même curieux a examiné d’autres plantes grasses, comme les Joubarbes, il y a trouvé également du mercure très-brillant.
Affiches du Poitou, n 1, du 4 janvier 1775, page 3

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REVUE DE PRESSE ANCIENNE N 12

Curiosités : Carnaval
Mines
Anecdote
Médecine
Date et lieu : à Pouzioux (I_86070), FRANCE
Notes :REVUE DE LA PRESSE ANCIENNE
N 12

Bonne lecture, Alain

Extraits du Portefeuille des Dames

La guerre bactériologique

Nouvelles de l’intérieur
Des lettres de Vienne annoncent que Sidney Smith prépare dans ce moment-ci à Constantinople des embarquements de pestiférés qu’il se propose de diriger en Italie, et sur-tout dans quelques parties de l’ex-royaume de Naples, afin de se défaire, par les ravages de la peste, des Français et des Italiens attachés au gouvernement républicain. Non-seulement il envoie des hommes affectés de cette maladie, mais il a pris encore l’horrible précaution de transporter avec eux des effets qui ont été à l’usage de quelques personnes mortes de la peste, afin d’inoculer cette affreuse maladie dans les beaux pays d’Italie, et se procurer l’atroce plaisir de lui voir faire les mêmes ravages dans les contrées qui avoisinent le sol habité par les Français… . On refuserait de croire à cette nouvelle horreur, si on l’attribuait à un autre qu’à Sidney Smith.
Portefeuille des Dames, n 1, du 10 Germinal an 7, p. 3 du suppl.

Commentaire : Les anglais n’ont rien inventé : Apollon s’était déjà servi de ce procédé contre les Achéens (les Grecs), au premier chapitre de l’Iliade.

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Extraits des Affiches du Poitou

Le pot de terre (bas de laine ?)

Avis divers
On écrivoit il y a quelques jours de Bressuire, qu’un locataire venoit de trouver dans un mur de la maison qu’il occupe, & que le mauvais temps a fait écrouler, un pot de terre rempli d’ancienne pièces d’or & d’argent. Ce trésor a été mis en dépôt entre les mains d’un homme notable, en attendant que l’on ait décidé à qui il doit apartenir, s’il doit être partagé, & s’il ne seroit pas juste que le locataire en eût une portion.
ADP - n 11 du 17/03/1774, p. 48
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Le somnambule

EVENEMENS
Les Somnambules, tout extraordinaires qu’il soient, sont dans l’ordre de la nature ; les exemples en sont communs ; un Particulier de Châtellerault vient d’en donner le spectacle ; rêvant la nuit qu’il se noyoit, il s’est levé d’auprès de sa femme sans qu’elle s’en soit aperçue, est sorti de sa maison, & a couru les rues, en chemise, pieds nuds, & criant avec force, " à l’eau, à l’eau " ; plusieurs persones éveillées par ce cri, dont elles ignoroient l’objet, on suivi la voix & enfin ont atteint cet homme qu’elles ont reconnu endormi & qu’elles ont ramené chez lui, après avoir pris des précautions pour le réveiller ; lorsqu’on l’a saisi, il faisoit avec ses bras les mouvements d’un homme qui nage, & criant toujours " à l’eau ". Il s’est trouvé très honteux de se voir ainsi au milieu de tant de monde ; cette aventure singuliere a fait le lendemain l’objet des conversations de toute la ville.
Peu de jours après, c’est-à-dire, le Lundi gras, un Garçon Tanneur, de la même ville, a offert en plein jour & en réalité, le contraste de cette aventure. Il s’est fait un habillement de chanvre en poil ; & a parcouru les rues dans cet espèce de mascarade ; il est allé boire dans un cabaret ; là par accident, ou par la méchanceté ou l’imprudence de quelqu’un, le feu s’est mis à son vêtemens ; dans la frayeur qu’il a causé aux assistans, on a jeté sur son corps tous les liquides qui se sont trouvés sous la main, jusqu’à du vin & de l’eau chaude. Ce malheureux a été brûlé, échaudé. On mandoit le 2 mars qu’on croyoit qu’il auroit peine a en revenir ; cet accident qui doit servir de leçon fait frémir.
ADP - n 11 du 16/03/1775, p. 47
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Le ressuscité

Lettre de M. d’Aviau-de-Piolant, Lieutenant des Maréchaux de France à Thouars.
Le nommé Urbain Poitiers, habitant de mon village de Sanzay, négligeoit depuis plus d’un an de remédier à des plaies qui lui étoient venues aux jambes, & qui dans le principe n’étoient que des furoncles formant ulceres & suppurant abondament ; souvent la suppuration étoit interrompue par l’application d’une infinité de remedes dont ce misérable faisoit imprudemment usage à tort & à travers, par le conseil des uns & des autres. Alors, jusques à ce que les humeurs recomençassent à fluer, il éprouvoit des symptômes de maladies éfrayantes. Enfin la semaine derniere on vint m’avertir qu’il étoit à la derniere extrémité ; j’y courus, je trouvai le Prêtre qui sortoit d’auprès de lui, qui me dit qu’il avoit eu peine à lui administrer les secours de son Ministere, & qu’il ne croyoit pas qu’il en eût pour un quart d’heure. J’approche du malade, je le crus mort ; il étoit sans connoissance, ses ieux étoient fixes & hagards, son poulx étoit rentré & presque insensible ; on entendoit au fond de sa poitrine un siflement qui indiquoit la plus grande oppression. Surpris de cette révolution subite, car il n’y avoit que deux jours que j’avois su cet homme travailler à la terre, j’interroge sa femme, qui me répond que depuis huit jours les plaies des jambes s’étoient fermées, que le malade se croyoit radicalement guéri lorsqu’il survint une enflure considérable à un bras, qui y étant demeurée fixée seulement vingt-quatre heures avoit disparu subitement, & qu’aussitôt l’humeur étoit remontée à la poitrine ; que voyant son mari dans un aussi grand danger, elle avoit appelé à la fois le Prêtre & le Chirurgien de la paroisse ; que ce Chirurgien étant absent, elle s’étoit adressée à un paysan octogénaire, nommé Paul Bloteau, exerçant aussi la Chirurgie, avec la réputation, cependant, même parmi le peuple, d’être le plus ignorant des hommes ; que Bloteau avoit fait prendre, il y avoit environ un quart d’heure, un vomitif à son mari, en l’assurant que son mal n’étoit rien. Je trouvai le raisonement & sur-tout le remede si étrange, que je m’écriait `à l’assassin’, ne doutant pas qu’un pareil traitement ne fût la cause physique de l’état désespéré oú le malade se trouvoit réduit en aussi peu de temps. Cependant Bloteau qui étoit dans la maison parut, & me répéta qu’il étoit sûr de l’efficacité de son remede, qu’il me dit être l’emétique, par le moyen duquel cette humeur remontée alloit s’évacuer par le haut ou par le bas ; que bientôt je verrois notre agonisant rendu à la vie, & que s’il avoit tardé d’un instant, c’étoit un homme mort. N’en voulant pas entendre davantage, je me retirai en gémissant sur le sort de ce malheureux. Mais qu’elle fut ma surprise, lorsque sa femme vint me trouver quatre heures après & me dire que son mari étoit hors d’afaire ; que le remede avoit parfaitement répondu aux promesses de Bloteau ; qu’il étoit incroyable combien son mari avoit évacué d’ordures par les vomissements ; que dans ce moment même il demandoit à manger, & qu’il se proposoit de venir sous peu de jours reprendre son travail chez moi : ce qui est effectivement arivé. Cet homme, âgé de 32 ans, est entièrement guéri ; ses maux de jambes ont disparu, sa santé est meilleure que jamais : telement que ses jambes & son corp sont assez sains maintenant pour lui permettre d’aller par-tout attester lui-même la vérité des faits que je viens de vous rendre compte. Cette observation m’a paru singulière ; c’est à vous, M., à juger si elle est assez intéressante pour mériter d’être isdérée dans vos Feuilles. (Au Château du Bois-de Sanzay, près Thouars, 21 Fevrier 1776)
ADP - n 12 du 21/03/1776, p. 45

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Mine de charbon à Antigné

Lettre de M. Delavau, Lieutenant Particulier à la Châtaigneraye.
Je vous serai obligé, M., d’annoncer dans vos Affiches que j’ai découvert une mine de Charbon de terre, dans un demaine à moi apartenant, appelé Puyrimon, en la paroisse d’Antigné, à 100 pas de Vouvant, 2 lieues de la Chataigneraye, 2 de Fontenay-le Comte, pareille distance du Port du Grôs Noyer oú la riviere est navigable jusqu’à la mer ; à 6 lieues de Nyort, 2 de Luçon, 3 & demi de Ste Hermine, 7 de Partenay. Ce charbon est de bonne qualité ; il y en a de l’espece qu’on appele vulgairement `Fournelage’, dont les Chaufourniers se servent pour faire la chaux. … (4 Mars 1776)
ADP - n 12 du 21/03/1776, p. 46

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Les noces de Pouzioux

3e Lettre de M. Dupuy, Etudiant en Droit à Poitiers, à M. Jouyneau Desloges.
Résumé :
Aux noces du fils Abonneau et de la fille de son voisin Rideau, à Pouziou, les mariés ont convoqué tous les pauvres de la contrée, et leur ont distribué du pain.
ADP - n 12 du 20/03/1777, p. 45
Commentaire :
Notre étudiant, invité à la noce, n’avait peut-être pas les idées très claires, le lendemain, quand il a rédigé sa lettre :
Les actes de Pouzioux, début 1777, mentionnent trois mariages le 28 janvier, et un le 4 février, mais aucun des jeunes mariés ne se nomme " Abonneau ". Seul le nom de " Nedeau " que je peux lire peut plus ou moins être rapproché de " Rideau ".
J’espère qu’un de vous reconnaîtra ses généreux ancêtres !

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Le Carnaval

Lettre écrite de N…
Le Carnaval a été très-brillant & très-joyeux dans notre ville ; il y a eu sur-tout une Fête remarquable donnée par 25 jeunes gens qui se sont réunis pour en faire la dépense. La description de cette Fête poura amuser vous Lecteurs ; ils vont se croire transportés dans les temps de notre anciene Chevalerier, oú l’image de la Guerre se trouvoit réunie aux jeux de la galanterie noble. Ce sujet pouroit fournir des reflexions agréables & peut-être utiles. Je m’en abstiens pour passer tout de suite au détail que je vous promets ; je ne dis rien du raps & de tout ce qui y a raport ; tout fut à cet égard aussi abondant, que bien ordoné. Au milieu des danses qui y succéderent, survint une troupe de masques, au nombre de dix, armés comme les anciens Chevaliers, de Lances, Boucliers, &c. Leur Chef déclara au nom de tous qu’ils étoient prêts de soutenir contre quiconque se présenteroit, que la Princesse Aimée (c’étoit une Demoiselle de l’assemblée) l’emportoit en beauté sur toute autre Princesse ; dans ce même moment se présente un autre Chevalier, qui après avoir fait le tour de la salle, dit qu’il étoit prêt de soutenir contre tous que la Princesse Amélie étoit plus belle que la Princesse Aimée. On ignore quelle est la Demoiselle que ce Chevalier avoit pris pour sa Dame. Comme on étoit sur le point d’en venir aux mains, parut un Géant, lequel annonca d’une voix formidable qu’il alloit les réduire tous en poussiere ; six des premiers Chevaliers se batirent contre lui ; il les terrassa tous les uns après les autres ; alors le Chevalier de la Princesse Amélie, déclara qu’il convenoit que la Princesse Aimée, étoit la plus belle, & demanda la permission de combatre à son tour le Géant. Il y eut un nouveau combat, qui parut fort vif ; le Géant fut vaincu, le Chevalier le désarma, & porta ses armes aux pieds de la Princesse Aimée ; qui courona le vainqueur.
Affiches du Poitou, n 11, du 17 mars 1774, page 46

Commentaire :
Pas très fidèle, le Chevalier servant !

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REVUE DE PRESSE ANCIENNE N13

Curiosités : Centenaire
Animaux
Triplés
Médecine
Notes :REVUE DE LA PRESSE ANCIENNE
N 13

Bonne lecture, Alain

Les mules folles

PHENOMENE ANIMAL
Il est arivé à une foire de Champdeniers, le 5 de ce mois, un événement extraordinaire, qui étoit très-fréquent il y a quelques années. Tout à coup, vers midi, par un mouvement rapide qui dura peu, tous les mulets & mules qui étoient dans cette foire, s’effraierent, casserent leurs licols, se détacherent des mains de ceux qui les retenoient, se débanderent dans le plus grand désordre, mais sans sortir du champ de foire qui est au milieu du bourg, & renverserent & blesserent plusieurs persones. Nous avons été témoin d’un pareil accident il y a quelques années ; ils n’arivent pas seulement à Champdeniers ; il y en eut un à Montmorillon en 1770, suivant une Gazete du Commerce. Il y a une lettre de nous à cette occasion, dans les Affiches de la Rochelle, de 1771. Il en est fait mention dans un mémoire très-intéressant sur le bourg de Champdeniers, que nous venons de recevoir, & que nous publierons incessamment. Ces accidens sont aussi arivés plus d’une fois aux foires du Bas-Poitou ; nous avons une lettre qui en traite, & que nous placerons à la suite du mémoire sur Champdeniers, en rappelant ce que nous avons écrit. Cet objet mérite certainement d’exciter l’attention de tous les citoyens, & pour empêcher que l’accident se répète, & pour détruire les préjugés du peuple, qui ne manque pas, comme on s’en doute bien, de l’attribuer à ce qu’il appele maléfice ou sort.
ADP - n 12, du 24 mars 1774, p. 52.

Commentaire : Pour ma part, j’aurais tendance à penser à une très faible secousse sismique, non sensible à l’homme. Le Seuil du Poitou possède en effet un taux de sismicité relativement élevé par rapport à la moyenne nationale, avec cependant de faibles intensités.
Il est dommage que la description de ce désordre ne porte que sur le comportement des mules. Les chiens également sont sensibles à ce phénomène.

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Le vigoureux centenaire

Il existe actuelement dans la paroisse de la Chapelle-Montreuil-Bonnin, à 3 lieues & demi de Poitiers, un vieillard nommé Simon Millet, qui a eu 10 ans révolus le 16 Octobre dernier. Ce vieillard n’est point courbé, il a toujours été extrêmement vigilant& laborieux ; il est d’un tempérament sec, jouit de la meilleure santé & de tout son bon sens, & n’a d’autre infirmité que d’être très-lourd ; il tient encore le timon de la communauté qui subsiste entre lui, ses enfans & petits enfans, au nombre de douze ; il vaque journèlement au labourage, & au soin des bestiaux, qu’il ne croiroit pas bien traîtés s’il n’y mettoit la main ; il a fait cette année, comme les précédentes, une grande partie de ses emblaisons ; il fait volontiers trois & quatre lieues à pied, & monte seul à cheval ; il a la vue excellente, & la main si sûre qu’il se rase lui même ; il est dans l’usage, & il le fit encore l’année derniere, malgré les représentations de ses enfans, de coucher sous une cabanne, depuis environ la St Jean, jusqu’à la fin de Septembre, dans l’aire oú on réunit les objets de la récolte, à la conservation desquels il veut veiller lui-même, ayant son chien auprès de lui. Il fit encore l’année derniere un acte de force que n’avoit pu faire un homme de 20 ans ; il chargea seul sur ses épaules un sac de blé pesant 120 liv. & le monta dans un grenier, oú on se peut aborder que par une échelle ; il est né dans la métairie qu’il exploite, & y a toujours demeuré.
ADP - n 13 du 24/03/1774, p. 52
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Les triplés de Châtellerault

La femme de Marc Berton, Coutelier, sur la paroisse de St Jean de cette ville, est accouchée le 14 de ce mois, de trois filles, qui sont nées à quelques heures de distance l’une de l’autre, les deux premières naturellement ; il a fallu les secours de la Chirurgie pour la troisieme. Elles ont été baptisées, & se portoient très-bien le 15. Elles sont chacune aussi grandes que l’est ordinairement un enfant né seul d’une couche ; & il en naît même quelquefois de plus petits que la plus petite de ces filles. La mere est une femme très-petite & très-maigre.
ADP - n 12 du 23/03/1775, p. 52

Châtellerault - St-Jean-Baptiste - BMS_1772-1775, p. 80/97
Marie Berthon
Le 15 mars 1775 a été baptisée Marie, fille légitime de Marc Louis Berthon, coutelier et de Rose Gilbert ; a eu pour parrain et marraine Pierre François Gilbert et Marie Florence Berthon, femme d’Etienne Briant, qui ont signé.
Signatures : Marie Fleuraince Berthon - Pierre François Gilbert - Gueritault vicaire

Louise et Julie Berthon, sœurs de la ci-dessus baptisée, qui l’a été à neuf heures et les autres à trois
Le 15 mars 1775 ont été baptisées Louise et Julie, filles légitimes de Marc Louis Berthon, coutelier, et de Rose Gilbert ; ont été parrain et marraine de Louise François Berthon et Marie Anne Gilbert ; ont été parrain et marraine de Julie Louis L…teau et Marie Marné, femme de Sébastien Bourreau qui ont signé.
Signatures : Maianene Gilbert - Marie Marney - François Berthont - Louis …teau - Gueritault vicaire.

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L’agueusie

SINGULARITE NATURELE
Il y a auprès de la ville de St-Maixant, un ancien Militaire, Gentilhomme Octogénaire, vivant sur sa terre, qui jouissant d’une bonne santé & de tout son bon sens & raison, éprouve depuis trois ans, une nullité absolue dans le sens du goût, sens qui ordinairement s’altere le dernier, & que l’on ne perd même presque jamais, à quelque degré de la vieillesse que l’on parviene. Quelques alimens qu’il prene, solides ou liquides, il n’y trouve aucune saveur, il ne distingue à son palais ni la nature ni le goût d’aucun mets ; vin, liqueur, viande, poisson, légume, il trouve tout fade & indifférent. Il mange sans appétit, & cesse de manger sans satiété ; il mange parce qu’il sait qu’il périroit sans nouriture ; son seul régime est de se borner à une quantité déterminée par le volume d’alimens qu’il croit lui être suffisant, selon l’habitude qu’il avoit avant d’être dans cet état, qu’il a éprouvé tout d’un coup, sans gradation & sans incommodité. Son estomac fait très bien ses fonctions. Mais il ignore absolument l’aiguillon du besoin, & la satisfaction que la qualité ou l’aprèt des mêts donne à l’appétit que l’on sert. Cet état que l’on peut appeler une paralysie du goût, est un phénomene digne de l’attention des Physiciens. Nous en sommes instruit par un homme digne de foi. Ce qu’il y a de singulier, c’est que ce vieillard a toujours vécu sobrement & frugalement ; mais il est depuis long-temps dans l’usage de fumer du tabac, & il a eu de tout temps l’habitude de prendre sans douleur les alimens les plus chauds, même brûlans ou bouillans. Il faut sans doute attribuer à ces deux habitudes, l’impassibilité & l’inertie actueles de son palais, blasé au point que nous venons d’exprimer.
ADP - n 13 du 30/03/1775, p. 56

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Prudence

De Vouneuil-sous-Biard, 16 Mars.
Voici, M., un acte de prudence qui est vraisemblablement dû à vos Feuilles ; je m’empresse de vous en faire part. Mardi dernier on apporta à la porte du Cimetière de cette Paroisse, pour le faire enterrer, un enfant de 10 ans qui venoit de mourir. M. le Curé qui n’avoit aucune connoissance de sa maladie, voulu, en homme sage, prendre quelques informations. Il apprit que cet enfant étoit mort asser promptement des suites d’une chute arivée le Samedi précédent. Alors M. le Curé dit aux assistants que dans un cas pareil de mort violente & presque subite, les Réglemens prescrivoient de n’enterrer persone qu’après avoir bien constaté l’état de mort, & qu’il ne donneroit point la sépulture à cet enfant qu’il n’eût fait ouvrir le cercueil : ce qui ce fit, sur sa requisition, au grand étonement du peuple, qui n’est point encore acoutumé à voir prendre ces précautions dictées également par la Religion & l’Humanité. L’enfant étoit réélement mort, on l’inhuma. Il faut toujours louer la prudence de M. le Curé…
ADP - n 13 du 27/03/1777, p. 49

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REVUE DE PRESSE ANCIENNE N14

Curiosités : Archéologie Civray (86400) FRANCE
Animaux
Archéologie
Fécondité
Résurrection
Date et lieu :1774 à Targé (I_86066), FRANCE
Notes :REVUE DE LA PRESSE ANCIENNE
N 14

Bonne lecture, Alain

Le vieux tombeau

On vient de faire à Targé une découverte qui peut exciter l’attention des curieux. Le 11 de ce mois, en creusant dans le cimetiere pour faire une fosse, le fossoyeur crût reconnoitre que le terrain n’étoit pas solide : ce qui l’engagea de sonder à quelque profondeur ; il trouva, à 6 pieds, des pierres de taille qui couvroient un tombeau ; il se fit aider pour les lever ; on trouva dans ce tombeau, un squelette, auprès duquel étoit une lampe sépulcrale, d’argile, que l’on a retirée entiere, des lames de fer rouillé & même pouri, & sur une des plus grandes pierres du tombeau, à l’extrémité supérieure, une inscription qui paroît être en caracteres gothiques & que l’on a pu lire, ce qui est fâcheux. Ce tombeau très-pesant a été laissé oú il est ; on devroit l’en retirer ; toutes ces indications annoncent qu’il est là depuis plusieurs siecles ; sa forme est ancienne. Il est à remarquer que cet emplacement n’est cimetiere que depuis 1686 ; avant ce temps c’étoit une vigne apartenante à la Cure, à qui M. le Comte de Vihers, alors Seigneur de Targé, donna une piece de terre, pour changer l’emplacement du cimetiere qui l’incommodoit. Certainement ce tombeau étoit dans ce terrain, avant qu’il fût converti en cimetiere… Vous devriez, M., engager MM. de G., qui reçoivent vos Feuilles Hebdomadaires, à vous adresser quelques éclaircissemens sur des vestiges de retranchemens qui sont peu éloignés de le Château de la Tour d’Oiré, & que l’on appele les Fossés-Goués ; ainsi que sur la masure nommée le Vieux-Poitiers, située à quelque distance du Clain, dans la paroisse de Cenon, sur laquelle tant d’Auteurs ont écrit avec tant de diversité. Si ces Messieurs ne peuvent rien vous dire de satisfaisant sur ces deux objets, il est inutile que vous vous adressiez à d’autres …

ADP - n 13, du 31 mars 1774, p. 55.

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Fécondité

On écrit de Saint-Maixant qu’une femme de la paroisse de Clavé, près ladite ville, a eu en trois couches de suite, huit enfants dans l’espace de ving-cinq mois, La premiere couche a été de deux ; la seconde de quatre, qui tous ont été portés à l’Eglise & baptisés avec parrains & marraines ; & la troisieme de deux.
Affiches du Poitou, n 12, du 25 mars 1773, page 48
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Le pigeon à deux têtes

On écrit de Charroux le 16 de ce mois, un fait bien singulier ; de deux œufs de pigeonne, couvé, l’un est venu à bien ; l’autre à trois jours delà, n’ayant rien produit, a été jeté comme mauvais. Quelqu’un par hasard y a fait attention ; on y a trouvé un pigeon tour formé, prêt à éclore, ayant deux têtes égales sur un seul col. On le conserve dans de l’eau de-vie. Ce fait attesté par plusieurs personnes de considération, est d’autant plus remarquable que l’on s’est souvenu que la même pigeonnne qui a fait plusieurs autres couvées, n’a jamais fait qu’un pigeon à chacune, & que l’on a chaque fois rejetté, comme mauvais, l’œuf qui tardoit à s’ouvrir.
Affiches du Poitou, n 12, du 25 mars 1773, page 48

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Sur Civray

Mémoire sur la Ville de Civray & son Territoire.
Civray est la Capitale d’un Comté. On juge par la facade de l’Eglise & les restes du Château, que cette ville est très-ancienne. On y compte environ 300 feux, y compris les Faux-bourgs. Le menu peuple y est très pauvre ; 150 habitants, au moins, sont à la charge des autres. La Sénéchaussée de Civray est très étendue ; elle est composée de quatre Prévôtés Royales, Aunay, Chizé, Melle & Usson ; d’un Marquisat, de deux Baronniez, de quatre Châtellenies, de trente-huit Justices Seigneuriales, & de cent trente Paroisses. (On remarque dans ce Siege, un fait peut-être unique. La Charge de Lieutenant Général est remplie par M. Fradin, le huitieme de son nom, de pere en fils, dans la même charge. Cette famille jouit à juste titre du respect & de l’estime de ses Concitoyens & dans tout le Ressort. M. Fradin de Bellabre, Pere du Titulaire actuel & son Prédécesseur immédiat, est passé de cette Charge à l’Office de Conseiller au Conseil Supérieur de Poitiers. Il ne nous falloit pas moins que M. son fils pour nous consoler de sa perte.) Le Sol des environs de Civray est passablement bon, du moins au midi, au couchant & au nord. Ce sont des plaines oú il croit différentes productions. Au levant, le terroir n’est presque couvert que de bruyeres. Il ne produit qu’un maigre pâturage ; quelque peu de seigle & d’avoine. Les Colons n’osent pas remuer cette terre, dans la crainte de ne pas retirer le fruit de leurs travaux. Les propriétaires eux-mêmes n’osent pas trop les y engager, par la dépense excessive qu’ils seroient obligés de faire. Il faudroit un peu plus d’aisance, & des encouragements. D’ailleurs les bras nous manquent ; la campagne est peu peuplée dans cette partie ; quelques métairies même sont désertes. Le pays est assez boisé ; mais il cessera bientôt de l’être ; tout le monde détruit, personne ne plante. Cette méthode, trop commune par-tout, nous fait craindre une disette prochaine ; la cherté l’annonce déjà. On recueille assez généralement toutes sortes de fruits & de grains, à l’exception du bled noir ou Sarrasin. Mais on cultive beaucoup le bled d’Espagne, ou mays, qui le remplace en partie pour les besoins du peuple, & pour les volailles. Quelques personnes prétendent pourtant qu’il vaudroit mieux cultiver le Sarrasin, parce que le mays faisant beaucoup de racines, consomme tout l’engrais & épuise les sels de la terre, de sorte qu’il faut tous les ans la même peine & la même dépense pour la féconder.
Affiches du Poitou, n 13, du 1 avril 1773, page 51

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Résurrection provoquée

2e Lettre de M. Jouineau Desloges, à M. Pineau, Médecin, à Champdeniers, près Niort.

Je vous ai promis, M., de vous adresser dans mes Feuilles, toutes les observations qui parviendroient à ma connoissance, tendantes à prouver la nécessité du Règlement général que vous sollicitez dans votre excellent Mémoire sur le danger des Inhumations précipitées, auquel tous les cœurs sensibles, tous les bons Citoyens ont applaudi, & pour la publicité duquel vous avez montré une générosité bien estimable. Je viens de retrouver la note d’un événement célebre de cette espece, qui doit d’autant mieux être ajoutée à celles que vous avez recueillies, qu’il apartient aussi au Poitou. Cet événement est arivé dans une famille illlustre & anciene de cette Province, qui existe encore, alliée à une des premieres Maisons du royaume, à laquelle le Poitou a droit de prendre aussi le plus tendre intérêt. Il est raporté par M. Dreux du Radier, dans sa Bibliotheque Historique & critique du Poitou, imprimée en 1754, tome 4, pag. 169. On y lit dans une note que Renée Taveau, Dame de Llussac, de Verrieres, fille unique & héritiere de Leon de Taveau, qui avoit été acordée en mariage, le 16 Novembre 1509, à François de Rochechouart, Seigneur de Mortemart, Tonnay-Charente, Vivône, &c., ayant été crue morte dans une léthargie, fut inhumée, & sortit du tombeau, parce qu’un de ses domestiques alla la nuit dans le tombeau oú elle reposoit pour lui tirer un anneau précieux du doigt. Les éforts qu’il fit pour en venir à bout, rendirent le sentiment & la vie à cette Dame, qui eut depuis plusieurs enfans, & qui est la souche maternele de la branche aînée de Rochechouart, à laquelle elle porta la Baronie de Mortemart & les autres biens de la Maison dont elle étoit héritiere.
Vous remarquerez sans doute, M., que cet événement ressemble dans toutes ses circonstances, à celui de la femme d’un Orfevre de Poitiers, nommée Mervache, raporté par Misson, dans son Nouveau Voyage d’Italie, tom. 1, cité ensuite dans les Additions de M. Bruhier, à la traduction qu’il a faite de la Dissertation de M. Winflow sur l’incertitude des Signes de la Mort, & qui est le sujet de la premiere observation de votre Mémoire. Cette ressemblance pouroit faire croire que c’est un même événement attribué à deux personnes & arivé seulement à une. Mais le dernier est attesté par une tradition trop constante, trop unanime dans cette Ville, pour qu’on puisse le révoquer en doute. Le premier est encore confirmé dans un Mémoire Généalogique manuscrit & très-authentique d’une ancienne Maison du Poitou, dont je possede une copie, oú on en lit la note ainsi raportée, " Renée de Taveau, fille du Seigneur de Lussac & de Jeanne Frotier Preuilly-de-la-Messeliere, épousa en 1528 René de Rochechouart-Mortemard. Elle tomba en Pâmoison, fut mise dans le caveau, étant crue morte. Une bague, que voulu ravoir un de ses domestiques, lui donna occasion de la sauver, l’ayant trouvée vivante. Elle a eu après cette avanture postérité, dont vienent MM. de Mortemart.
Je remarquerai, en passant, que M. Dreux du Radier dit que Renée Taveau se maria en 1509, avec François de Rochechouart, & que le Mémoire manuscrit que j’ai, dit que ce fut, en 1528, avec René.
Voilà, M., deux événements bien remarquables & peut-être uniques. Ils suffiroient pour faire désirer & pour espérer d’obtenir le Règlement que vous sollicitez. Vous êtes sans doute déjà instruit que le Grand Duc de Toscane vient d’en rendre un, etabli sur les mêmes raisons que vous avez présentées d’une maniere si touchante dans votre Mémoire. Cette nouvele a dû vous faire plaisir.
Affiches du Poitou, n 14, du 3 avril 1777, page 53

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REVUE DE PRESSE ANCIENNE N15

Curiosités : Anecdote
Noyade
Droit
Hygiène
Médecine
Notes :
REVUE DE LA PRESSE ANCIENNE
N 15

Bonne lecture, Alain

Le noyé de Léray

Civray, le 27 février 1773.
Vous frémirez, Monsieur, vous vous affligerez en lisant le récit que je vais vous faire. Je n’aurois jamais osé l’écrire, s’il ne donnoit pas lieu à des réflexions que les amis de l’humanité peuvent faire valoir pour détruire un préjugé funeste & meurtrier qui regne encore dans nos campagnes. Un jeune homme de 21 ans, & son épouse du même âge, tous deux de la physionomie la plus intéressante, & mariés depuis six mois, vinrent il y a quelques jours se louer pour valet de chambre & pour femme de chambre, chez M. de Jousserant de Lairé, Gentilhomme respectable, d’une des plus anciennes maisons du Poitou, demeurant au Château de Lairé, sur les bords de la Charente, à trois quarts de lieue de cette ville. Ils commencerent leur service le mercredi des cendres. Le lendemain le jeune homme apperçut un batteau attaché à un arbre. Il proposa à un petit laquais, de 13 à 14 ans, de s’en servir pour aller à la pêche. Ils y montent ensemble ; le jeune homme le conduisoit mal ; le courant étoit rapide, & l’entrainoit vers une chaussée sur laquelle il craignoit de reverser. Effrayé, il dit au petit laquais : " tire toi d’affaire comme tu pourras, pour moi, je vais me jeter à la nage ". Il s’y jette en effer ; mais soit que ses habits l’embarrassassent, soit qu’il fut saisi par le froid, il ne put pas nager ; bientôt il enfonce, & ne réparoit à fleur d’eau que pour renfoncer de nouveau. Pendant ce temps, l’eau entraîne le batteau sur la chaussée, heureusement il y est arrêté par des piquets ; le petit garçon s’en sauve avec peine, parvient jusqu’au moulin, & court jusqu’au Château, donner avis de l’accident dont il vient d’être le témoin. Vous avez oui parler de la difficulté que les gens de la campagne font de toucher aux corps des personnes noyées, parce qu’ils se sont faussement & ridiculement imaginés qu’ils s’exposeroient aux poursuites de la Justice. Mais vous ne croiriez pas, si je ne vous l’assurois, jusqu’à quel point cette peur panique & ce préjugé meurtrier sont portés. Le Seigneur du Château qui y étoit accouru avec la plus grande diligence, ne put jamais obtenir du Meûnier, ni d’aucun de ses gens, qu’ils cherchassent le corps de ce malheureux noyé, sans y être autorisés par la Justice. Il monte à cheval & vient lui-même avertir les Officiers de ce Siege, qui ne perdirent pas un instant, ils se rendirent sur le lieu, accompagnés par deux Chirurgiens ; ils firent pêcher le Cadavre qui fut bientôt trouvé ; on le transporta au Château, oú il fût promptement dépouillé de ses habits, & mis dans un lit. On lui administra sans délais tous les secours indiqués par deux Instructions, que les vues de Mgr l’Intendant, toujours remplies d’humanité, toujours portées à l’utilité publique, avoient fait répandre dans les campagnes, l’une est intitulée : " Méthode pour rappeller les noyés à la vie " ; l’autre : " Avis concernant les personnes noyées ". Ces secours, quoique constamment administrés pendant plus de 4 heures, furent inutiles. L’obstination des paysans à se refuser à la recherche du noyé, avoit fait perdre trop de temps. Il est vraisemblable qu’on l’eût rappellé à la vie, s’ils se fussent occupés de ce soin, dès qu’ils y furent exhortés. Mais leur terreur, & leur pusillanimité sur ce point sont extrêmes. Les Officiers de Justice eux-mêmes, chaque fois qu’ils se trouvent à ces aventures malheureuses, leur font vainement les réprimandes les plus fortes. Les préjugés du peuple ne se dissipent point. N’y auroit-il pas moyen de les vaincre ? vous devriez attaquer celui-ci, qui est si déplorable. Je me souviens que vous en avez vigoureusement combattu un aussi absurde, dans les Affiches de la Rochelle, & que vous avez proposé un moyen d’instruire le peuple, qui n’es inhumain que parce qu’il est ignorant. Ce moyen pourroit s’employer avantageusement dans des cas pareils à celui-ci. Présentez-le de nouveau, Monsieur, l’humanité le réclamen la Religion même le sollicite, & la sagesse du Gouvernement promet qu’il y applaudira.
Affiches du Poitou, n 10, du 11 mars 1773, page 39

Il doit s’agir de Michel François Caignac, domestique au logis de Léray, natif de la paroisse de Sainte-Radegonde de Poitiers, décédé le 25 et inhumé le 26 février à Saint-Pierre d’Exideuil, en présence de Charles Desmontagnes, tailleur d’habit, de Civray, et de Pierre Fleuret, meunier à Léray. (Civray, BMS - 1773-1774, p. 5, et BMS - 1770-1773, p. 93).

Commentaire : Cet accident a eu lieu à quelques centaines de mètres en amont du lieu oú s’était produit le naufrage de Saint-Saviol, le 16 mars 1749, mentionné il y a quelque temps sur ce forum, et publié sur son site par Gloria.
Notez la présence aux obsèques du meunier du château, qui devait se sentir penaud. Je pense pourtant que son intervention aurait de toutes façons était trop tardive.

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L’aveugle qui retrouve la vue

EVENEMENT EXTRAORDINAIRE
Le nommé Pierre Barriquaut, Charpentier de la Ville-Dieu de Comblé, paroisse de S. Easne, près Saint-Maixant, âgé de 65 ans, perdit un œil il y a 32 ans, & devint aveugle il y a environ 4 à 5 ans. Ce particulier vient de recouvrer tout-à-coup la vue de l’œil premier perdu. Il se conduit très-bien, & distingue parfaitement tous les objets. Cet événement extraordinaire mérite l’attention de MM. les Médecins, Chirurgiens & Oculistes, qui sont jaloux d’étendre les bornes de leurs Sciences & de servir l’humanité.
Affiches du Poitou, n 11, du 18 mars 1773, page 43

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Fatale signature

LETTRE A L’AUTEUR DES AFFICHES

Il y a quelquefois des événements très simples, très-naturels, qui étonnent le peuple, parce qu’il est crédule & ignorant. Quoiqu’on en dise, la crédulité & l’ignorance sont deux grands maux ; l’Anecdote suivante peut servir à prouver cette vérité. Deux particuliers de cette ville, un homme & une femme, étoient depuis long-temps en discussion pour un héritage. Des procédures, des amis communs parvinrent avec peine à les déterminer à un arrangement. L’acte de conciliation, (des intérêts seulement, car on va voir que le cœur n’y avoit aucune part, ) devoit être signé le 20 de ce mois, chez un Notaire. Les Parties s’y rendent, & commencent à l’ordinaire par se dire des injures, la querelle fut grossiere ; tous deux coleres, tous deux violents, ils se menacent ; l’homme pourtant contient sa fureur, la femme n’en exhale la sienne que plus fortement. Enfin on va prendre la plume pour signer ; la femme qui cede avec répugnance, redouble ses clameurs, elle y ajoute des imprécations horribles, & ose dire à son adversaire, que le Ciel va le punir par une mort subite, s’il ose signer l’injustice à laquelle on la force de consentir. L’homme, comme je l’ai dit, avoit paru étouffer son emportement, cet effort lui coûte la vie, il tombe sur le champ, on le releve mort. Les spectateurs consternés, ne manquent pas d’attribuer cette mort à la menace de cette furie. La nouvelle s’en répand bientôt, & la cause qu’on y suppose, s’accrédite. Je vous épargne le récit de plusieurs propos absurdes, de plusieurs circonstances minutieuses. On rappelle l’ajournement donné à Ferdinand IV. Roi d’Arragon, par deux Gentilshommes suppliciés sans être ouis, & celui donné par les Templiers au Pape Clément V. & à Philippe le Bel. L’effroi, la superstition font dire toute sortes de sottises. Il n’y va pas moins que de regarder l’homme mort, comme un scélérat, & son ennemie comme une magicienne. Les raisonnements, les procédés de plusieurs personnes, sont relatifs à cette prévention. Un événement pareil peut cependant s’expliquer naturellement. Les livres de Médecine, les livres d’Histoire sont remplis d’observations sur des morts subites dues à des passions vives, à des émotions soudaines & inattendues. L’homme en question, étoit très-sanguin, colere, d’un caractere violent. Son Procureur qui vouloit lui éviter de mauvaises affaires, lui avoit dit souvent qu’il falloit qu’il se contint. Quand il rencontroit son ennemie, ses yeux s’enflammoient, les traits de son visage s’altéroient, il devenoit violet, il se mordoit les levres, roidissait les poignets. Il avoit l’air d’un homme aliéné par la colere, ou maîtrisé par la rage ; toute sa physionomie étoit convulsive. Lorsqu’il fut sur le point de signer l’acte d’engagement, & que son ennemie s’emporta si vivement contre lui, sa colere qu’il contenait avec effort, peut bien avoir suspendu la circulation de son sang, ou fait refouler trop de sang dans son cerveau ; voilà la cause de sa mort. On l’attribue, ici, à la menace que lui fit cette femme en furie, qu’il alloit mourir subitement, s’il signoit un acte qu’elle disoit être injuste. C’est que le peuple, est peuple partout, & en tout temps ; & que chez les nations les plus éclairées, il est sur-tout des contrées, oú ce peuple est encore, quant aux lumieres qui honorent & qui servent la raison, à deux siecles derriere ses voisins. (à … le 22 mars 1773.)
Affiches du Poitou, n 14, du 8 avril 1773, page 53

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On s’amuse comme on peut

DROIT SINGULIER

On se souvient de nos réflexions & de notre projet, à l’occasion des Droits bizarrres ou singuliers, établis par des Seigneurs dans leurs terres. En parcourant nos recueils, nous venons de trouver des notes sur un de ces droits. Comme il a lieu hors de cette province, & que nous touchons au moment de son exercice, nous croyons faire plaisir à nos Lecteurs de leur en parler. Nous le faisons d’autant plus volontiers, qu’aucun écrivain n’en a peut-être encore parlé, & de pareils traits servent à l’Histoire de l’Esprit Humain. Ce droit a lieu à Pons en Saintonge. Tous les ans, le lundi de Pâque, le Sénéchal ou l’Assesseur donne un grand déjeûner à tous les Officiers & Ministres de la Justice ; ordinairement la Noblesse des deux sexes y est invitée. Tous les convives doivent se tenir debout ; les seuls Sergents ont le privilege d’être assis à une table particuliere que l’on sert pour eux. Tout autre qui voudroit s’asseoir payeroit une amende de cinq sols aux Sergents ; la même amende seroit encourue par le Sergent qui voudroit se tenir debout ; mais comme ce délit n’est jamais arrivé, on ignore pour qui seroit cette amende. Vers le midi, toute la Justice, en robes & en bonnet quarré, monte à cheval, chacun est armé d’une gaule de houx. Cette cavalcade, ayant le Prévôt à la tête, va en différents quartiers de la ville, oú les Prieurs & autres Vassaux, doivent fournir des coqs vivants auxquels il ne manque aucune plume ; sans cela il y auroit amende. Lorsque chaque coq est jugé acceptable, le premier Officier du Prince, ou telle autre personne à qui il veut faire honneur, souvent c’est une Dame, & il lui en coûte quelques pieces de monnoye qu’elle distribue aux Sergents, jette tous ces coqs en l’air ; les Sergents sont obligé de les poursuivre & doivent les atteindre. Si d’autres personnes s’avisoient de courir sus, ou d’y toucher, elles seroient mises en prison, ou tout au moins condamnées à l’amende. Les Sergents, tous à pied, étant vétus de leurs casaques, ont souvent bien de la peine. Si les coqs sont vigoureux, ils volent sur les maisons, dans les jardins, dans les champs, ils passent quelquefois la riviere ; il faut les prendre ; cette cérémonie amuse beaucoup les spectateurs. Tous ces coqs sont pour les Sergents qui s’en régalent le soir. J’oubliois de dire que tous ceux qui doivent fournir ces coqs, sont interpellés par trois fois, qu’aucun cavalier ne doit avoir d’éperons, que la queue des chevaux doit être pendante, tout cela sous peine d’amende. On a, cependant depuis plusieurs années, dispensé les Sergents de passer la riviere ; ils la passoient autrefois au Pont des Aires ; ils mettent seulement les pieds dans l’eau, & ayant un poélon, ils jettent trois fois de l’eau sur le pont, en criant " de la part de Monseigneur le Prince de Pons ". Si quelqu’un pendant cette cérémonie a son chapeau sur la tête, les Sergents ont le droit de l’arroser. Après tout cela, on met, dans l’aire de Saint-Martin, le feu à un tas de fagots brandes, qui ont aussi été fournis pas des Vassaux ; puis la cavalcade se retire. On faisoit autrefois un Procès-verbal de cette cérémonie. Il y a long-temps qu’il ne s’en fait plus. On n’a pu qu’en retrouver un, qui est du 8 Avril 1613 ; nous en avons une copie certifiée ; l’original a été communiqué par M. le Prieur de St Vivien, de Pons.
Affiches du Poitou, n 14, du 8 avril 1773, page 55

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Les Punaises de lit

19e Lettre de M. de Scévole, Secrétaire du Roi, à Argenton en Berry, à M. Jouineau Desloges.

Si les punaises de lit ne s’atachoient qu’aux persones riches & aisées qui abondent en humeurs, qui ont toujours plus de sans qu’il ne leur en faut, & avec cela mille moyens d’echaper aux morsures de ces insectes ; je ne prendrois pas, M., la peine de vous indiquer un préservatif contre ce fleau ; mais quand je vois des Laboureurs, des Vignerons, qui excédés de travail, tourmentés pendant le jour par tant de causes qui accroissent à chaque instant leurs peines & leurs besoins, le sont encore pendant la nuit oú leur someil leur seroit si nécessaire ; c’est alors que je prends la plume & que je désire d’être utile à ces malheureux. Les moyens, M., que j’ai à vous proposer, sont simples & proportiones à la misere de ceux a qui je les offre. On sait que les mortaises des bois de lit & sur-tout les interstices qui se trouvent entre les planches, souvent mal jointes, qui en composent les dossiers, recelent des milliers de punaises. On sait que c’est ordinairement du coté du chevet qu’elles vienent pour pomper le sans des persones qui sont couchees dans les lits. On ne peut donc se délivrer d’ennemis aussi importuns qu’en leur coupant le chemin, & voici de quelle façon il faut s’y prendre. Le soir & avant de se coucher, on applique des feuilles vertes de grande consoude ou de haricots sur le derriere du coussin, de maniere que toutes ces feuilles se touchent immédiatement & garnissent ce coussin dans toute sa longueur. Les punaises, sortant de leur retraites pour se glisser dans l’intérieur du lit, ne peuvent le faire sans franchir auparavant l’espace intermédiaire qu’on a eu la précaution de tapisser de feuilles : mais comme ces feuilles ont leur surface hérissée de piquans très-déliés, les pieds de ces insectes s’y embarassent, il ne leur est pas possible d’avancer ni de reculer, il faut absolument que tous ceux qui sont ainsi pris dans cette espece de piège, y restent jusqu’au lendemain matin qu’on a le soin de ramasser le tout & de le jeter au feu. Après qu’on a réitéré cela plusieurs fois, on ne doit pas encore se flater d’être entièrement quite & débarassé de ces animaux : car plusieurs milliers d’œufs cachés dans des trous presque imperceptibles peuvent éclôre d’un jour a l’autre, de sorte qu’on seroit encore la proie de ces nouveles génerations si on n’imaginoit pas quelqu’autre expédient pour s’en garantir. Le meilleur qu’on puisse employer, est d’avoir plusieurs feuilles de papier gris sur lesquelles on applique des deux côtés de la colle de farine avec un pinceau. Ce papier ainsi imbu de Colle étant susceptible de toutes les formes qu’on voudra lui faire prendre, on l’introduira par petits rouleaux dans toutes les fentes & trous des bois de lit, ce qu’on poura faire avec la lame d’un couteau. Quant toutes ces fentes auront été exactement rempllies, il ne s’agira plus que de coller sur chacune d’elle quelques bandes de papier ou de parchemin. Après cela on ne craindra plus les incursions de ces insectes, & ce qu’il y aura encore d’avantageux, c’est que les punaises qui seroient apportées d’ailleurs, ne pouront se nicher dans des chalits qui ne leur offritont aucune retraite. Les enfans, comme ayant la peau extrémement tendre, doivent être beaucoup plus tourmentés par cette vermine que les grandes persones ; Cependant, M., c’est dans les hameaux, c’est dans la chaumiere du Laboureur, du Vigneron, du Journalier qu’on transporte, qu’on dépose, qu’on abandone au soins d’une nourice mercenaire, tous ces enfans delicats qu’on a vu naître au milieu du luxe & de la pompe des Villes. Le projet de délivrer les habitans de la campagne, des punaises qui se desalterent dans leur sang, s’étendra donc également sur les enfans des riches, qui déjà trop malheureux de se voir privés du lait & de l’assistance de leurs mères, n’en sont que plus dignes d’exciter notre pitié & de solliciter nos secours. (22 Février 1777)
Affiches du Poitou, n 15, du 10 avril 1777, page 58

Commentaire : Cet extrait a été transmis au magazine " Pour la Science ", qui, dans son dernier numéro (Avril 2012, page 64) consacre un article sur ce sujet : " Le retour de la punaise des lits " !
REVUE DE PRESSE ANCIENNE N16

Curiosités : Centenaire
chenilles
Animaux
Corsaires
Horloge
Arsenic
Notes :> REVUE DE LA PRESSE ANCIENNE
> N 16
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> Cette semaine, je vous recommanderai de jeter un œil sur les articles parus dans les ADP du 4 avril au 27 juin 1782, vues 2 et 3, sous le titre " L’antiméphitique ". Vous y verrez quelques savants messieurs inclinés sur les tinettes ! Les articles sont trop longs pour être recopiés ici.
> Pour les articles qui suivent, bonne lecture, Alain
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> Une centenaire
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> La nommée Françoise Bodin, veuve en troisiemes noces de Pierre Multeau, Maréchal au village de Pressac, paroisse de Jadres, à une lieu de Chauvigny, est morte depuis peu, âgée d’environ 105 ans, sans avoir eue jamais aucune maladie, pas même la petite vérole, ni la rougeole. Son premier état, jusqu’à l’âge de 25 ans, a été celui de Couturere, & depuis jusqu’à l’âge de 102 ans, elle n’a exercé que celui d’accoucheuse. Elle n’a eu d’autre infirmité pendant toute sa vieillesse qu’un peu de surdité. Elle n’est morte que parce que la nature défailloit, & sans douleur ; elle travailloit encore 10 jours avant sa mort, & elle a joui de toute sa raison jusqu’au dernier moment.
> Affiches du Poitou, n 15, du 15 avril 1773, page 60
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> Le Grand Paon de Nuit
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> Des environs de Chaunay, 27 Février.
> On m’apporta le 28 Juillet 1771 une chenille d’une très-belle espece ; elle avoit plus de 3 pouces de long, d’un vert un peu jaûne & couverte d’une qunatité de tubercules blancs terminés par une couleur bleue qui approchoit de l’émail, & desquels sortoient quelques poils assez longs. Je mis cette chenille dans un cornet de papier ; & au bout de deux jours elle eut formé une coque brune, assez grôsse, ronde à un bout, pointue à l’autre. Dans le même temps on m’apporta encore une autre chenille de la même espece, que je mis également dans un cornet de papier, & qui eut aussi promptement fait sa coque. Le 25 Mai de l’année suivante, il sortit d’une de ces coques un papillon brun, fort grand, ayant quatre ailes, sur chacune desquelles on admiroit un œil nuancé comme ceux qui sont sur les plumes d’es paons. J’attendois de jour en jour qu’il en sortiroit un semblable de l’autre coque. Il se passé près de 15 jours sans que mon atente fût remplie. Enfin, perdant patience, j’ouvris la coque, & je trouvai la chrisalide à moitié putréfiée & couverte de treize autres petites chrisalides de la grôsseur de deux grains de froment, qui paroissoient vivantes. Je les renfermai dans une petite boîte, & je les vis peu de jours après métamorphosées en autant de mouches de la forme de celles qui déposent des vers sur la viande. Elles étoient cependant un peu moins grôsses & moins noires. Le fond étoit gris foncé avec des raies noires, des anneaux & des poils noirs. Elles avoient aussi les ieux rouges. Je ne pouvois comprendre comment ces mouches avoient pu se former dans cette coque. Il ne me paroissoit pas possible que de pareilles mouches eussent pu s’y introduire pour y déposer des oeugs, puisque la boîte étoit fermée de façon à ne présenter aucune entrée. Je ne pouvois pas non plus attribuer leur origine à la putréfaction comme on l’auroit fait dans l’ancienne écol. Enfin, la lecture du Dictionaire d’Hist. Natur. De M. Valmont de Bomare, a fait cesser mon inquiétude. J’y ai vu au mot " Chenille à Tubercules ", la description exacte de celle que j’avois eu, & que sur une de ces chenilles de couleur verte à tubercules jaûnes ou de couleur de rose & ornées de bandes d’un noir velouté, s’atache une petite mouche grise à tête rouge du genre des Ichneumons, qui dépose ses œufs & les colle sur le corps de la chenille ; que lorsque les vers sont éclos, ils percent la chenille & s’introduisent dans son corps pour se nourir de sa substance, & que par-là l’atente des curieux qui les élevent est souvent trompée.
> Cette observation sert non seulement à apuier ce que dit M. de Bomare, mais encore à prouver que non seulement l’espece de mouche dont il s’agit dépose les œufs sur la chenille à tubercules jaûnes ou de couleur de rose, mais encore sur celle à boutons étoilés d’un bleu de turquoise, qui est la premier espece, & dont la chrisalide passe quelquefois deux hivers renfermée dans la coque sans se changer en papillon. Ceci m’avoit fort surpris, ne pouvant pas m’imaginer comment cet insecte pouvoit rester aussi long-temps en vie & sans prendre de nourriture dans un pareil état. J’ai eu encore depuis une nouvele preuve de cette possibilité. Au mois d’Août 1774, on m’apporta une semblable chenille ; elle fit sa coque ; n’en voyant point sortir de papillon l’année suivante, je l’ouvris, j’y trouvai la chrisalide parfaitement saine & vivante. Elle est encore aujourd’hui dans le même état.
> Affiches du Poitou, n 16, du 18 avril 1776, page 62
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> Commentaire : Méticuleuse observation de la nature, au Siècle des Lumières. Cet article montre qu’un siècle avant Pasteur, on commençait à douter de la génération spontanée.
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> Le blé à l’arsenic
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> De Leigne, près Châtelleraud, 18 Mars.
> Il vient d’ariver dans ce bourg un accident qu’il est bon de faire connoitre, afin qu’il serve de leçon aux gens qui manquent de prudence. Un particulier, incommodé par les rats dans sa maison, a mis sur une tuile de l’arsenic en poudre mêlé avec de la farine, dans son grenier, pour les détruire. Il y avoit dans ce grenier des fenêtres ouvertes ; le vent, sans qu’on s’en soit aperçu, a répandu cet arsenic sur un tas de froment, qui étoit dans ce grenier. Le propriétaire a vendu deux boisseaux de ce froment à un sien voisin, qui l’ayant mêlé avec d’autre grain l’a fait moudre & a fait faire du pain de cette farine, toute sa famille & lui en ont mangé ; aussi-tôt après le premier repas, ils ont tous senti un feu dévorant dans les entrailles, une sueur froide sur le front, leur visage & leur corps se sont enflés prodigieusement, & ils ont tous vomi avec des éforts pénibles & douloureux. J’ai été averti de leur état & j’ai volé à leur secours ; je leur aifait prendre l’émétique, boire de l’oxicrat (de l’eau mêlée avec du vinaigre) & leur ai prescrit ensuite l’usage des stomachiques & des anodin que j’ai trouvés dans une boîte de remedes, que M. le Subdélégué m’a adressée pour le soulagement des pauvres de ma paroisse. Le succès a parfaitement répondu à mes soins, les malades ont recouvré la santé. Le poison étoit si violent, que deux chiens qui ont mangé ce même pain, sont morts presque sur le champs. Après avoir fait l’office de Médecin, j’ai fait celui de Juge ; je me suis fait apporter ce qui restoitde ce pain, je l’ai fait brûler publiquement, & ai condamné l’imprudent à payer aux malades le blé qu’il leur avoit vendu. (Signé, l’Abbé de la Haye, Docteur Médecin, Prieur & Curé de Leigne.)
> Affiches du Poitou, n 16, du 18 avril 1776, page 62
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> Le pain de patate
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> De Vivône.
> " Je vous dirai pourtant, M., que mal-gré la derniere manipulation qui a rendu à MM. Parmentier & Cadet de très-beau pain avec de l’amydon de patates & des patates dans leur état naturel, je penserai toujours que la grande économie sur cet article ne gît pas dans cet alliage. Cela est bien beau & plus extraordinaire ; mais l’amydon coûtera toujours beaucoup à tirer. Il faut beaucoup de patates, car une livre ne rend gueres qu’un huitieme d’amydon ; d’ailleurs cela est long, difficile & emporte un temps qui équivaut presque au prix du pain ordinaire. Mais en mettant plus ou moins de farine, telle qu’elle soit, avec des pommes de terre pêtries tout simplement, vous ferez une pain plus ou moins bon & qui sera véritablement économique. Vous pourez en juger par l’échantillon que je vous envoie ; il y aura demain 8 jours qu’il est cuit ; ce pain est excellent & très-savoureux, tout le monde en est enchanté, on l’a préféré chez moi au plus beau pain de boulange ; il y a pourtant moitié pommes de terre. Il y a aussi une chose à observer, c’est qu’il faut pétrir très-fort & que la pâte soit dure. Le pain aussi réussira beaucoup mieux & sera mieux levé, si lors du mélange avec la farine & lorsqu’on les pétrira ensemble, la pâte de pommes de terre est encore chaude, ce qui doit faire préférer ce parti à celui de les faire sécher & pulvériser, quoique par ce dernier moyen la manipulation puisse être & plus abondante & plus facile. "
> Le morceau de pain dont il est question dans cette lettre, quoique fait depuis 10 jours lorsque nous l’avons reçu, étoit encore aussi frais que pouroit l’être du pain de seigle fait depuis 24 heures. Nous l’avons fait goûter à plusieurs persones qui l’ont trouvé très-bon. On fait aussi beaucoup de ce pain dans les environs de Sivray, d’oú on nous en a envoyé ; nous en avons parlé autrefois. La manière de le faire est indiquée dans notre feuille du 13 Juillet 1775 ; elle nous fut adressée par M. de Scévole, d’Argenton en Berry. Le sieur Taffet, Me Boulanger à Poitiers, la connoit parfaitement. Sur la maniere de faire l’amydon, voy. Lettre de M. Gallot, Aff. du 26 Février 1778.
> Affiches du Poitou, n 13, du 1 Avril 1779, page 50
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> Corsaire
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> De St Gilles sur-Vie, 26 Mars.
> Un Corsaire Anglois alarme depuis quelques jours nos côtes de bas Poitou. Il s’est emparé, le 24, au matin & à notre vue, d’une barque sortie de ce Port. Il l’a coulé & à renvoyé sur le champ dans son Canot, le Patron & son équipage, qui ont raporté que ce Corsaire est monté par une quarantaine d’hommes & armé de 16 canons. Heureusement la cargaison de cette barque étoit de peu de valeur ; mais ces barques sont toute la fortune de la plupart de nos Mariniers. Une autre barque, sortie deux heures après celle-ci, fut également poursuivie, & s’échapa avec peine, & rentra, la faveur de quelques coups de canon que nos Officiers Mariniers, qui se rendirent à la hâte à la baterie, tirerent sur le Corsaire, quoiqu’ils ne l’atteignirent pas, à cause de l’éloignement ; mais cela lui en imposa. La barque enlevée par lui est la Syrene du nord, de Noirmoutiers, Capitaine Blanchard. Celle qui s’est sauvée, est le Cheval Marin, de St-Gilles, Capitaine Lorteau. Le même Corsaire fit échouer le même jour, près la Sauzaye, paroisse de Bretignolle, à 1 lieue & demie d’ici, une petite barque chargée de futailles vides. Il envoya la chaloupe bien armée pour l’enlever ; mais il se présenta du monde à la côte, on tira sur elle & elle se retira. Il s’empara sur le soir d’un Chasse-Marée, qui paroissoit venir des Couraux. Dans la nuit du 23 au 25, on a entendu quelques coups de canon. C’est vraisemblablement encore quelque prise qu’il a faite. On le distinguoit encore hier à environ 2 lieues d’ici. Nous aurions grand besoin que quelque Frégate ou Chaloupe canoniere se montrât dans ces parages, oú il paroit avoir établi sa croisiere, afin de l’éloigner. Sa présence interrompt notre navigation. Tous les Caboteurs & Pêcheurs n’osent plus sortir ; cette situation est fâcheuse.
> Affiches du Poitou, n 15, du 13 Avril 1780, page 58
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> Invasion de chenilles
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> De Niort, 1 Avril.
> Vous savez, M., que quelquefois après une pluie, on voit la terre couverte de petits crapaux, de petits limaçons, ou autres insectes. Ce phénomene n’étone plus. Nous en avons vu un de la même espece, ce matin en cette Ville, qui n’étone pas davantage, parce qu’il est produit par la même cause, mais il inquiete. Il est tombé une quantité extraordinaire de chenilles communes, longues comme une petite épingle, & de moyene grôsseur à proportion, c’est-à-dire, à peu près à la moitié de leur grôsseur naturele. Il étoit six heures du matin, lorsque je m’en suis apreçu. J’ai parcouru plusieurs rues ; j’en ai vu par-tout ; on peut dire que la Ville en étoit couverte. Tous les murs exterieurs en étoient garnis. Je n’exagere point en disant qu’il y en avoit au moins 3 à 4 dans l’espace d’un pied carré ; & je ne doute point qu’il n’y en eût davantage sur les toits des maisons. Voilà donc déjà une nombreuse génération de ces insectes qui nous menace dès le commencement du printemps. Il en sera tombé la mêm abondance dans les campagnes oú elles seront plus nuisibles. Il n’y a plus d’espérance que celes-ci périssent. La longueur & la rigueur de l’hiver n’a presque rien fait à celles de l’année derniere qui l’ont passé dans leurs toiles. Elles commencent à éclore dans nos champs & nos jardins. Elles dévoreront encore nos fruits & les feuilles de nos arbres. Je crains sur-tout pour nos bestiaux dans les pâturages. Ce fleau nous poursuit depuis quelques années avec bien de la tenacité.
> Affiches du Poitou, n 15, du 13 Avril 1780, page 58
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> L’horloge de Poitiers
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> Utilité offerte aux habitans de Poitiers.
> Persone ne contest la nécessité des horloges, & combien il est utile & agréable de les multiplier dans les Villes. Il y en avoit une autrefois sur le portail de l’Eglise des RR. Augustins, vis-àvis la Place Royale, que je ne sais quelles circonstances ont laissé tomber en ruine. Elle ne pouvoit être mieux placée. C’étoit l’horloge du quatier, & on pouroit dire de la Ville, dans cette place fait à peu près le centre, & est un lieu de promenade très-fréquenté par le peuple, surtout les Fêtes & Dimanches. Une horloge dans un quartier, regle l’heure des travaux, des repas, du lever, du coucher, annonce celle des Offices Divins. L’horloges des Augustins seroit encore très utiles aux Troupes, dont le corps de garde principal est de l’autre côté de la Place, sur laquelle elles s’assemblent tout les jours pour leurs différens exercices ; une fois par jour vers midi pour ce qu’on appele la Parade ; & le soir il y a une heure précise pour batre la retraite. En rétablissant cette horloge, elles ne seront plus obligées de prêter l’oreille au son d’un timbre éloigné, dans les differentes circonstances & lorsqu’il s’agira de monter & de descendre les gardes. Ces differentes considérations d’utilité générale & d’agrément public, ont déterminé les RR. Augustins, sollicités depuis long-temps par les habitans des environs de la place, à faire rétablir cette horloge ; & s’ils ont tardé à céder à cette sollicitation, c’est parce qu’ils ne sont pas en état d’en faire seuls les frais. Ils ont délibéré d’y contribuer pour un tiers, dans l’espoir que le public voudra bien faire le reste. Plusieurs bons Citoyens ont déjà suscrit. Le devis de l’ouvrage a été dressé. La dépense sera en totalité de six cent livres. Joseph Charles, le jeune, Maître Couvreur, en cette Ville, en est l’entrepreneur. Il va commencer ce travail & promet qu’il sera fini à la St Jean prochaine, autant néanmoins que le montant de la souscription sera rempli. Les Souscripteurs pouront être regardés comme des bienfaiteurs de la Ville. Ce titre fait le motif de l’exhortation qu’on leur présente. On tiendra un registre exact, dans lequel on ecrira sous leurs ieux, leurs noms & le montant de leur contribution volontaire. On en fera même, s’ils le désirent, imprimer la liste, dont il sera remis un exemplaire à chacun, tans pour rendre hommage à leur générosité, que pour donner des preuves de la fidélité & de la reconoissance des RR. Augustins.
> Affiches du Poitou, n 15, du 13 Avril 1780, page 58
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REVUE DE PRESSE ANCIENNE N17

Curiosités : Cafards
Zoologie
Médecine
Notes :Extraits des Affiches du Poitou

Carrière de marbre

M. le Marquis de Cerzé, Seigneur du Château de la Bonardelliere, en la Paroisse
de Saint Pierre d’Exideuil, près Civray, vient de découvrir dans sa terre, une
carriere de marbre, que l’on assure pouvoir être comparé au plus beau marbre de
Grece & d’Italie. Nous n’avons point encore d’autres renseignements sur cette
découverte précieuse, que nous nous empressons d’annoncer. On se souvient des
mines d’antimoine & d’ochre, trouvées depuis peu dans le Ba-Poitou. Ainsi la
Providence, toujours bienfaisante, nous offre de temps en temps de nouvelles
richesses ; il n’est question que de creuser la terre.
Affiches du Poitou, n 16, du 22 avril 1773, page 62

Commentaire :
Techniquement, il ne peut pas s’agir de marbre, qui est une roche métamorphique.
On doit avoir à faire à un calcaire très fin et très dur, du Jurassique.

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L’Or d’Iteuil

Le bruit se répand depuis quelques jours qu’un Paysan du Village d’Iteuil, près
cette ville, a trouvé, en creusant la terre, une quantité assez considérable de
pieces d’or, que l’on dit être des Médailles Romaines. Nous allons tâcher de
nous procurer la vue de quelques-unes de ces pieces, afin d’en parler, s’il est
possible, avec plus de détail.
Affiches du Poitou, n 16, du 22 avril 1773, page 62

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Le Cafard (1ère partie)

Lettre à M. Jouyneau Desloges.

Il y a long-temps, M., que je m’étois chargé de consulter, par le moyen de vos
Feuilles, les gens instruits de tous les préservatifs contre les insectes qui
assiègent nos demeures. Un Gentilhomme des environs de Loudin éprouve depuis
plusieurs années une espece de fléau, dont je ne crois pas que persone ait eu
connoissance jusqu’à lui. Une sorte de Grillon ou Barbot, long d’environ un
pouce, grôs comme un hanneton, d’un brun rouge, ayant en avant des especes de
cornes ou antennes, & par le derriere, la forme de l’animal connu sous le nom de
Perce-oreille, parut dans sa cuisine il y a environ 4 ans, y mangea du pain, de
la viande, & tout le comestible qui restoit dans les armoires. Toutes les
précautions pour en chasser cet animal fécond & destructeur, ont été inutiles ;
il s’y est multiplié par milliers. Ils ne paroissent jamais le jour, ni en
présence des domestiques ; on ne peut découvrir leur retraite, quelques
recherches que l’on fasse ; ils marchent fort vite, & disparoissent aussi tôt
qu’on entre avec de la lumiere ; on en a beaucoup pris au moyen de graisse
laissée dans des pots dont le fond étoit plein d’eau ; mais le nombre en est
toujours excessif. Ces animaux laissent sur ce qu’ils touchent, un odeur
infecte, & telle à peu près que celle du cuivre jaûne, ou plutôt du mauvais
argent qui n’a pas servi & n’a pas été nétoyé depuis long-temps. Ils sont
beaucoup plus communs & par conséquent beaucoup plus incommodes l’hiver que
l’été ; ce qui prouve bien que c’est autant la clarté que la présence des hommes
qui les éloigne. On a crépi tous les endroits oú ils se sont montrés ; le nombre
n’en a pas diminué. Je prie les persones qui auront quelque connoissance de cet
animal & de ses ravages, de m’en faire part dans votre Feuille. Je n’ai vu
persone qui en sût le nom ni l’histoire naturele. La mauvaise odeur qu’il
laisse, l’a fait appeler dans a maison qu’il désole, Barbot punais. (A Poitiers,
13 Janvier, par un Aboné.)

Affiches du Poitou, n 6, du 5 Février 1778, page 22

Le Cafard (2ème partie)

Réponse à la question concernant un insecte, proposé dans l’Aff. du 5 Février
1778.

On demandoit dans notre Feuille du 5 Février dernier, N 6, les moyens de
détruire un insecte d’espece inconnue qui incommode depuis plusieurs années
l’habitation d’un Gentilhomme des environs de Loudun. La Gazette d’Agriculture,
du 21 du même mois, N 15, pour répandre cette question & attirer par là
d’autant plus aisément une réponse satisfaisante, copia cet article, qui en
effet a fait adresser au Rédacteur de cette Feuille une lettre datée de
Landerneau, & signée Mazurie l’aîné, que nous allons copier à notre tour : elle
est dans son N 27, du 4 de ce mois d’Avril.
« A la description que vous donnez de cet insecte, je reconois l’animal que nous
nommons Cancrelas ; j’en ai beaucoup eu chez moi. Les chats avoient commencé à
en diminuer le nombre ; & un coq maladif, élevé dans ma cuisine, y a si bien
pris goût qu’il les a tous mangés ; nous n’en voyons plus. Cet insecte nous est
venu des Indes dans des caisses de marchandises. Plusieurs maisons en sont
empoisonées ; il pullule beaucoup ; ma cuisine & la boulangerie en étoient
remplies tous les soirs. On en avoit brûlé tant qu’on avoit pu ; mais leur
nombre ne sembloit pas diminuer jusqu’à ce qu’un chat ayant suivi la domestique,
qui tous les soirs leur donnoit la chasse, s’avisa d’en manger quelques-uns &
continué jusqu’à ce que mon coq valétudinaire lui disputa sa part de cette
nouriture dégoûtante, qui n’a cependant nui ni au chat ni au coq. Voilà tout ce
que je sais de ce vilain insecte : je souhaite que le Gentilhomme d’auprès de
Loudun, ait parmi ses chats ou sa volaille quelques individus qui, prenant goût
à ces Cancrelas, l’en débarassent ».
Nous avons reçu aussi dans le même temps, d’un Académicien de la Rochelle, une
lettre sur la même question. Il a reconu le même insecte, & il indique un autre
moyen de le détruire. Cette lettre, qui complétera les éclaircissements
demandés, est de M. Croiser, Avocat au Parlement, Juge du Point d’Honeur au
Gouvernement de la Rochelle. Il nous l’a adressée de cette Ville, le 2 de ce
mois : on va la lire.
« L’insecte puant et vorace dont il est question dans votre feuille du 5
Février, n’est que trop connu ici & dans presque tous les Ports de France. On le
nomme Raver ou Rat-vair, au lieu de Ravet son vrai nom, que l’on trouve dans
presque tous les Dictionaires, notament dans le petit Manuel Lexique qui est
entre les mains de tout le monde, & mieux encore dans l’Encyclopédie, qui en
donne l’Histoire Naturele sous son nom de Ravet, en Frane & dans les Colonies de
l’Amérique, d’oú il nous vient dans les caisses de marchandises, & sous celui de
Kakerlas, dans l’Inde d’oú je sait d’ailleurs qu’il est originaire & s’y nomme
Cancrela ou Kankrela. L’opinion commune est qu’il a été porté de l’Inde en
Amérique, & même à la côte d’Afrique, comme il est venu de l’Amérique chez nous
oú il est moins grôs que dans son premier pays natal. Cet insecte des pays
chauds, périt ici dans un rude hiver, à moins qu’il ne se soit glissé & niché
dans les cuisine, ou dans la boutique & sur les fours des Boulangers. Je crois
que le meilleur moyen de le détruire seroit une de ces souricieres en treillis
sphérique, dont le fil d’archal se termine en descente dans son milieu en forme
de trou rond. On pouroit l’attirer auprès de cette souriciere par du massepain
qu’il aime beaucoup. Il s’en prendroit ainsi plusieurs à la fois, qu’on
détruiroit & successivement toute la famille, sur-tout en faisant au treillis
assez épais pour les contenir, une petite porte que l’on ouvriroit à volonté
pour les faire sortir & les écraser ou les noyer. Cette Notice peut suffire au
Gentilhomme des environs de Loudun qui en est incommodé. Elle servira aussi dans
vos Feuilles à faire perdre en Poitou le nom de Barbot punais, à un insecte
connu dans les livres & dans tous les ports sous les noms que les Naturalistes
lui ont donné. »
(Voy. Aussi ce qu’en dit M. Valmont de Bomare, dans son Dict. d’Hist. Nat. aux
mots, Blatte, Kakerlaque & Ravet.)
Affiches du Poitou, n 17, du 23 Avril 1778, page 78


Définition du Ravet, dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert :

S. m. insecte des pays chauds de l’Amérique, il est de la grosseur & à-peu-près
de la figure & de la couleur des hannetons, mais plus écrasé, plat, mollasse,
dégoûtant, exhalant une mauvaise odeur. La femelle du ravet étant féconde, pond
& dépose sur tout ce qu’elle rencontre une espece d’oeuf de couleur brune, gros
comme une petite feve, un peu applati, & s’ouvrant par le côté en deux parties,
l’intérieur de cet oeuf est partagé transversalement par des petites logettes,
renfermant une substance gluante dans laquelle se forment les embryons, qui,
lorsqu’ils ont acquis des forces suffisantes, ouvrent l’oeuf & s’échappent avec
une extrême vivacité. Les ravets étant parvenus à leur grosseur parfaite
changent de peau & prennent des aîles ; dans cet état ils sont d’un blanc
d’ivoire qui brunit dans l’espace de cinq à six heures, & l’insecte reprend sa
premiere couleur.

On rencontre assez souvent une autre espece de ravets, qu’on nomme kakerlats ;
ceux-ci sont beaucoup plus gros que les précédens, leur couleur est d’un vilain
gris, ils sont hideux à voir, volent pesamment & répandent une odeur très-forte
& très-dégoûtante.

Ces insectes se trouvent en grand nombre dans les maisons, ils se fourrent
par-tout, dans les jointures des maisons, derriere les meubles, & même dans les
armoires oú ils rongent, gâtent & infectent tout ce qu’ils touchent.

Il y a encore d’autres petits ravets qui ne sont guere plus gros que des mouches
à miel, ils ont les aîles pointues par leurs extrêmités, un peu transparentes &
d’une couleur olivâtre : cette espece est fort commune à la côte de Guinée d’oú
elle a été transportée en Amérique par les vaisseaux qui font la traite des
negres. M. LE ROMAIN.

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Morsure de vipère

De Lusignan, 12 Avril.
Le 6 de ce mois, une servante du Château de Marconais, paroisse de Sanxay, se
baissant pour se placer dans un banc de lavandiere, sur la chaussée d’un étant,
se sentit vivement piquée à la cuisse, & s’étant relevée avec précipitation,
elle ne douta point que ce ne fût par une assez grôsse vipere qu’elle aperçut
rentrant dans un trou à côté d’elle. Cette fille étoit alors dans une situation
propre à lui faire craindre davantage les suites de cet accident. Revenue au
Château toute éfrayée, elle n’osa cependant d’abord par pudeur en parler, mais
bientôt une enflure générale & rapide annonçant l’effet du venin, elle tombe
sans connoissance & on la croit sur le point de perdre la vie, elle reçoit les
secours spirituels. Le sieur Besard, Chirurgien, à Sanxay, averti, se rend avec
son empressement ordinaire dès qu’il est question d’être utile ; il frote
abondament d’huile d’olive la partie blessée, & fait prendre à la malade une
potion de six grôs de quinquina, & autant de sel d’ammoniac infusés dans une
chopine de vin blanc, mesure de Paris, en trois doses égale, de deux heures en
deux heures. Ce remede excita une sueur considérable, elle mouilla douze
chemises ; & huit heures après l’accident, elle étoit parfaitement guérie. Tout
Sanxay, M., vous attestera ce fait, qui s’est passé sous mes ieux. Le succès
rapide de cette recette simple doit être publié. Je vous prie de l’annoncer,
parce que je connois votre zele pour tout ce qui peut intéresser l’humanité ; je
saisis en même temps l’occasion de rendre justice à la vigilance & au
désintéressement avec lesquels le sieur Besard se porte dans toutes les
circonstances ou les secours de son état peuvent être nécessaires. Il en a donné
& en donne chaque jour les preuves les plus distinguées, dans l’espece de
maladie épidémique qui a affligé les paroisses de Sanxay, Cursay, St-Germeir,
Sesde & les Forges, oú elle n’est pas tout-à fait cessée. La conduite de ce
Chirurgien mérite vraiment les éloges & une récompense, (Signé, de Monfrault,
Subdélégué.)
Affiches du Poitou, n 17, du 23 Avril 1778, page 79

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Le veau à trois yeux.

De Partenay, 2 Avril.
Il est né, il a y a environ 20 jours, chez le nommé Bonnin, Colon de la métairie
de la Petite Motte, en la paroisse de St Aubin-le Clou, à environ 1 lieue de
cette Villle, un veau qui a trois ieux, c’est-à-dire, deux ieux naturels, à la
place ordinaire, bien sains, bien clairs, bien conformés, & un troisieme au
milieu du front, entre les deux naturels, un peu du côté droit, & dans un sens
différent, c’est-à-dire, de haut en bas, au lieu que les deux naturels sont
horizontalement : cependant il ne faut pas dire absolument que c’est un
troisieme oeil, car il n’a ni blanc, ni crystallin ; ce n’est qu’une cavité, de
la forme de celle qui contient l’œil, & qui est entourée de cils & de paupieres,
comme les ieux naturels. Ces cils & ces paupieres suivent le même mouvement
chaque fois qu’il remue ceux des deux ieux naturels. Il paroit cligner
également. Il a au dessus de ce simulacre d’œil une petite tumeur de la grôsseur
d’un œuf de poule, dans laquelle on aperçoit du mouvement chaque fois qu’il
cligne. Je me suis assuré de cette circonstance en y touchant ; m’étant
transporté exprès sur le lieu pour voir ce phénomene, d’après ce que j’en avois
appris, pour satisfaire ma curiosité & vous en faire part. On croit, & cela est
vraisemblable, que cette tumeur contient un globe, faisant le troisieme œil
couvert ; on pouroit, pour en juger, faire une légere incision. L’indication de
ce troisieme œil représente donc seulement l’emplacement d’un œil qu’on auroit
arraché de sa cavité. C’est encore une bizârerie de la nature, que les curieux
pouront être flatés de connoître. Du reste, cet animal est bien fait, bien
constitué, & promet de former un jour un joli bœuf. Les paupieres du 3e œil sont
un peu moins longues que celles des deux autres. Sa taille totale, lorsque je le
vis il y a 3 jours, étoit de deux pieds en hauteur, & de 28 pouces en longueur.
Affiches du Poitou, n 16, du 20 Avril 1780, page 63

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REVUE DE PRESSE ANCIENNE N18

Curiosité : Géographie
Notes :Extraits des Affiches du Poitou

Champdeniers
GÉOGRAPHIE Champdeniers

Mémoire sur Champdeniers.
C’est un des plus grôs Bourgs du Poitou, il est situé au 17e degré 14 min. de
longit. ; & au 46e degré 27 min. de latit. ; ayant à l’est, la ville de
St-Maixant, dont il est distant de 3 lieues ; au sud, Nyort, aussi à 3 lieues ;
à l’ouest, Fontenay-le-Comte, à 6 lieues ; au nord, Partenay, à 5 lieues. Il est
de l’Archiprêtré de St-Maixant ; de l’Election de Nyort & du Ressort de
Partenay. Son nom Latin dans d’ancienes chartes est Campodenarium, ou
Campidenarium ; il semble que suivant l’étymologie de plusieurs noms de lieux,
tirés de la basse Latinité, ce devroit être Campusdenariorum. Dans les anciens
actes il porte le nom de ville ; ses abords conservent même encore leurs anciens
noms de portes ou barieres ; on s’y souvient aussi d’un jeu de paume ; d’une
salle d’armes ; &c. noms de décoration dont les masures n’offrent présentement
rien moins que les apparences. La tradition porte que ce Bourg étoit autrefois
beaucoup plus considérable qu’il n’est, & qu’il y avoit un Hôtel-de-Ville ; mais
dans la vérité, il n’a actuélement ni les attributs ni les privilèges d’une
ville. Il y a un Syndic ; M. de la Verdy, Contrôleur Général, décida en 1766,
qu’il devoit s’en contenter comme ci-devant, quoiqu’on lui proposât d’y faire
nommer un Maire & former un Corps Municipal. Il est assujéti au don gratuit, que
l’on nomme maintenant les droits réservés, & aux droits d’entrées journalieres
des vins, eaux-de-vie, boissons & boucheries ; s’il y a quelques octrois, ils
sont touchés ou par le Bureau des Aides, ou par le Seigneur du lieu. Comme il
n’y a point d’Hôpital, celui qui tient la Boucherie de Carème, donne à la
Fabrique une modique somme de 50 s ou 3 #, & moyenant cette petite générosité,
il a le privilège exclusif de vendre pendant le Carême de la viande à ceux qui
lui en demandent. On trouve à Champdeniers toutes les marchandises & denrées que
l’on trouve dans le villes ordinaires du Poitou, peut-être même plus abondament.
Il y a même plusieurs villes de cette Province qui ne valent pas Champdeniers.
Ce Bourg mal à propos qualifié de Marquisat par quelques Dictionaires
Géographiques, est une Châtelenie, qui a anciénement & pendant long-temps
apartenu à de grands Seigneurs, notamment à la maison de Rochechouart & à celle
de Longueville. Je serois même tenté de croire que c’est à cette premiere, qui
est une des plus ancienes & des plus illustres du Royaume, qu’il doit son
origine; son territoire, quoique fort réserré, contient plusieurs fiefs &
arriere-fiefs. M. Brochard, Seigneur de la Roche-de-Surin, appelé Marquis de la
Roche-Brochard, y possède le principal, du chef de Dame Bellenger, son épouse, &
se qualifie Seigneur Haut-Justicier de Champdeniers. Le Chapître de la Rochelle,
auquel le Prieuré simple de ce lieu a été réuni, il y a environ 80 ans, prétend
aussi la qualité de Haut-Justicier du Prieuré, qui est un membre de l’Abbaye de
Maillezais d’oú il releve immédiatement. L’Abbé des Bois ; celui d’Allonne ; le
Commandeur ou Prieur de la Lande ; le Seigneur de Neuchèze, celui de Puyraveau,
& plusieurs Seigneurs ou particuliers y possèdent aussi des fiefs ou
arriere-fiefs qui leur donnent des droits assez singuliers.
La situation de Champdeniers est agréable & avantageuse ; il est bâti sur une
éminence, en forme d’amphitéatre, dont la pente a son aspect entre l’orient & le
midi ; il est entouré d’excellentes prairies coupées par plusieurs ruisseaux,
dont le plus considérable se nomme l’Aigrie, & fait tourner quelques moulins,
avant de se perdre dans la Sévre Nyortoise après un cours d’environ 3 lieues.
L’air y est très-salutaire, aussi s’y trouve-t-il beaucoup de vieillards qui
passent 80 ans, d’un Jugement sain & d’une santé robuste. Le lieu est fort
peuplé pour son étendue, qui forme à peu près un quarré long, dont le circuit
peut être de cinq à six cents pas Géométriques, divisé dans sa longueur du nord
au midi, en trois rues principales, traversées dans sa largeur de l’orient à
l’occident par quatre autres principales rues, sans y comprendre plusieurs
autres petites rues ou venelles, qui conduisent aux halles ou à la place ou à la
grande rue qui est la plus droite & la plus peuplée. Ainsi on voit que
Champdeniers est bâti plus régulièrement que ne le sont les Bourgs ordinaires, &
même plusieurs villes de cette Province. On n’y trouve pas une seule maison
vacante ; aussi les loyers y sont-ils très-chers. On compte dans le Bourg 12 à
1300 persones de tout sexe & de tout âge, dont près de 800 communians, sans
compter les habitans de la campagne. (La suite à l’Ordinaire prochain.)
ADP, n 23, du 9 juin 1774, page 98

Suite du Mémoire sur Champdeniers.
Il n’y a dans ce Bourg qu’une Eglise Paroissiale dont le vaisseau est beau,
vaste, bien éclairé, voûté en entier, & soutenu par 12 piliers assez
délicatement construits. Ony dessert deux Chapelles ou Stipendies qui en
dépendent. On soupçone que cet édifice a été construit vers le commencement du
onzieme siecle, & qu’il y avoit autrefois de Bénédictins, comme à l’Abbaye de
Maillezais. On voit les armoiries de la Maison de Rochechouart, à la clef de la
voûte du Sanctuaire. L’Eglise est sous l’invocation de la Sainte Vierge, dont la
Statue, de grandeur humaine, est un chef-d’oeuvre, ainsi que le Christ qui
sépare le Chœur de la Nef. La Fête Patronale est l’Assomption de Notre-Dame. Il
y avoit autrefois beaucoup de Reliques, & une Confrairie du St Sacrement ; les
Confreres étoient des Prêtres portant le nom de Bâtoniers ; ces Reliques & les
titres de ces Bénéfices ont été vraisemblablement dissipés, dans les troubles de
la Religion, au seizieme siecle, en telle sorte qu’il n’en reste plus rien. On
voit dans le Sanctuaire un ancien Mausolée en pierre ; ils est probablement de
quelques Seigneur du lieu, que l’on a représenté en guerrier couché, ayant un
lion à ses pieds ; le chef en a été ôté il y a long-temps ; aucune inscription
ne donne à connoître de qui peuvent être les cendres renfermées sous ce tombeau.
Quelque solide que soit cette Eglise, qui n’avoit jamais été réparée depuis sa
construction, le temps l’avoit cependant dégradée en bien des endroits ; elle
commençoit à tomber dans un état déplorable ; les étrangers même en témoignoient
leur surprise & leur regrets. Enfin on vient d’en achever les réparations les
plus urgentes ; elle est aujourd’hui dans un état propre & décent ; elle est
située au bas du Bourg, un peu enterrée à son entrée, à cause de l’inégalité du
terrain. Il y avoit ci-devant tous les deux ans une Mission qui fut fondée en
1672 & 1678, elle n’a plus lieu depuis la suppression des Jésuites qui en
étoient chargés ; le Clergé de cette Paroisse est seulement composé d’un Curé &
d’un Vicaire, le Curé actuel est M. de Remigioux. (La suite à un autre
Ordinaire.)
ADP, n 24, du 16 juin 1774, page 103

Suite du Mémoire sur Champdeniers.
La place oú se tienent les foires & marchés, est fort belle, quarée, située au
haut du Bourg, en pente douce, & entourée de maisons qui sont presque toutes des
auberges ; on en compte dans le Bourg 40, y compris les cabarets. Il y a de ces
auberges qui ont jusqu’à 30 & 40 lits, & c’est encore trop peu pour les jours de
foire ; on aborde à la place par 5 à 6 rues ou barieres ; les halles sont
grandes & claires ; le minage est au bout, & au dessous sont la boucherie & la
poissonerie ; les marchés y sont considérables, sur-tout depuis la Toussaint
jusqu’à la Pentecôte ; les Cocassiers de la Rochelle, Nyort & environs, vienent
enlever les provisions de bouche qui s’y rendent de toutes parts, sur-tour du
côté de la Gastine, comme beure, fromage, œufs, volailles, gibier de toute
espece & en abondance ; il apportent en échange du poisson de mer ou d’eau douce
; coquillage, oiseaux de riviere, &c. Les marchands de toiles, mousselines,
étofes, quincaillerie, &c. étalent sous les halles ; les veaux, cochons,
moutons, &c. se vendent sur la place. Le Seigneur du lieu a ses gardes ou autres
agens préposés à chaque bariere du Bourg, pour y percevoir un droit d’entrée sur
toutes les marchandises qui y abordent. Pour marque du paiement du droit, les
Préposés font, avec de l’ocre ou du blanc d’Espagne, une bâre appelée le
Marreau, sur l’habit des hommes, ou la couverte des femmes qui ont payé. Il y a
aussi au minage un préposé qui préleve sur chaque boisseau de blé une petite
mesure, que l’on évalue être la trente-deuxième partie du boisseau. Outre ces
marchés, qui se tienent le Samedi de chaque semaine, il y a par an, sept Foires
très-renomées, la 1ere, (Foire des Rois) le 15 Janvier ; la 2e, (Foire de la
Mi-Carême) le Samedi devant la Mi-Carême ; la 3e, (Foire de l’Hosane) la veille
des Rameaux. Elles sont excellentes pour les chevaux & la mulasse ; il y vient
des marchands, de Touraine, Bretagne, Anjou, Normandie, Berry, Beauce, Auvergne,
Gascogne, Dauphiné, & même d’Espagne. La 4e, le 28 Mai ; on y trouve chevaux,
mulasse, bœufs, moutons, &c. & toutes sortes de marchandises ; la belle saison y
atire beaucoup de monde ; la 5e, appelée la Grande Foire, le 22 Août, elle est
principalement pour les bœufs ; la 6e, appelée la Petite Foire, le Samedi
d’après la Nativité de la Ste Vierge, c’est aussi une foire à bœufs ; la 7, le
Samedi d’après la St Martin, dont elle porte le nom ; elle est la moindre de
toutes, quoiqu’on y trouve aussi de tout, mais en moindre quantité. Elles durent
communément 3 jours, parce que l’on compte le jour de l’arivée & celui du
départ, l’un veille, l’autre lendemain de la foire. Ces foires connues, même
hors du Royaume, ne sont pas toutes indiquées dans l’Almanach Provincial du
Poitou. Il arivoit à ces Foires, il y a quelques années, un accident qui leur
auroit fait grand tort, s’il eût continué plus long temps. Toute la jeunesse de
la mulasse s’agitoit à la fois ; ceux qui tenoient ce bétail par le licol,
levoient le bâton pour le contenir ; il s’efrayoit au contraire davantage ;
chaque bête se cabroit, échapoit à son maître, communiquoit sa peur & sa folie à
sa voisine, & insensiblement la déroute devenoit générale ; tout le bétail étoit
à l’épave ; il y eu souvent des persones renversées & estropiées. Le peuple ne
manquoit pas d’atribuer cet accident au sortilege dont il acusoit certains
marchands étrangers, auxquels il imputoit de causer se désordre pour avoir
meilleur marché de la marchandise. On a rompu ce prétendu sortilege, qu’on
nomoit le Brouillard, en faisant barer la place par des poteaux que l’on a
plantés de distance en distance, & qui arrêtent le bétail qu’on y atache, & cet
accident n’arive plus. (Ce Mémoire a été écrit au mois de Février dernier ; on a
vu ci-devant dans une de nos Feuilles, que le même accident y est arivé depuis,
& qu’il a eu lieu souvent dans d’autres foires du Poitou. Nous avons promis de
publier quelque Lettres que nous avons reçue à cette ocasion.) La suite du
Mémoire à un autre Ordinaire.
ADP, n 25, du 23 juin 1774, page 107

Suite du Mémoire sur Champdeniers.
Le Palais est à un bout des Halles ; l’Audience se tient tous les Samedi qui
sont les jours de marché ; le Corps de la Justice est composé d’un Sénéchal,
d’un Procureur Fiscal, d’un Gréfier, de six à sept Procureurs qui sont en même
temps Notaires de la Chêtélenie ; il y a outre cela (?) Notaires Royaux, deux
Huissiers Royaux, & plusieurs Huissiers ou Sergens de la Terre. Il n’y a
présentement aucune Maison de Noblesse dans le bourg, & très peu de Bourgeois ;
presque tout y est marchand, fermier, aubergiste, ou artisan. Il y a un Bureau
des Aides, composé d’un Receveur & d’un Contrôeleur ; la perception des droits
réservés, est anexée à ce Bureau ; il y a aussi un Contrôleur des Actes, auquel
sont confiées la distribution du Papier Marqué, ce qu’on appele Formule, & la
Marque des Cuirs. Il n’y a point de Bureau de Poste ; un particulier de Nyort,
qui vient aux marchés de Champdeniers, retire de la Poste de Nyort les lettres
adressées à Champdeniers, & il se charge de porter au Bureau de Nyort les
lettres qu’on lui remet à Champdeniers ; on lui donne pour sa peine un sol par
lettre, au dessus de la taxe ordinaire. Ainsi on ne reçoit & on n’envoie ses
lettres qu’une fois par semaine : ce qui est incommode & quelque-fois
préjudiciable. Un Bureau de Poste établi à Champdeniers, seroit d’une grande
utilité pour les environs, & la Ferme des Postes y trouveroit sûrement son
compte ; on pouroit établir un Piéton ou Savate qui porteroit à Nyort & iroit y
chercher les lettres deux fois par semaine, comme il y en a en plusieurs
endroits. On désiroit l’année derniere dans les Affiches du Poitou un pareil
établissement entre les villes de St-Maixant & Partenay ; ce service public
n’est pas encore assez perfectioné dans cette Province. Il y a à Champdeniers
une Brigade de Maréchaussée, composée d’un Sous-Brigadier & de deux Cavaliers ;
ce n’est pas assez pour l’endroit ; un Cavalier de plus y seroit très-utile ; il
se trouve des circonstances ou la Brigade actuele a de la peine à suffire au
Service ; les autres Brigades sont éloignées ; il y a presque tous les jours des
foires ou des assemblées dans le pays, la Maréchaussée s’y porte pour y
maintenir le bon ordre ; & d’ailleurs Champdeniers est un grôs lieu. On y trouve
de toutes les professions, libérales ou méchaniques, des marchands & artisans de
toute espece, tels que l’on puisse, pour ainsi dire, s’imaginer, & qu’en
présentent les plus grandes villes de la Province, & un très-grand nombre de
voituriers. Les Menuisiers sur tout & les Séruriers y excellent dans leur Art ;
ces derniers font aussi des fusils, pistolets & pendules ; les Tanneurs qui y
sont en grand nombre, font un débit considérable de peaux, non seulement à
Champdeniers, mais encore à Nyort, oú ils en envoient en quantité les jours de
foire de cette ville. Il y a deux moulins à écorce ; mais ils ne suffisent pas
pour entretenir les Tanneurs, de la poudre de tan nécessaire à ces manufactures.
( La suite du Mémoire à un autre Ordinaire.)
ADP, n 30, du 28 juillet 1774, page 129

Suite du Mémoire sur Champdeniers.
Il se consume, année commune, à Champdeniers, environ mille bariques de vin, que
l’on fait venir de Saintonge. Autrefois les environs de ce bourg en
fournissoient, & l’on n’en tiroit point d’ailleurs ; mais depuis plusieurs
années on a négligé les vignes ; on les a ensuite arrachées, & on en a fait des
près qui réussissent beaucoup mieux ; de sorte que le fourage y est très-commun.
Aussi Champdeniers a t il été souvent un quartier pour de la Cavalerie ou des
Dragons ; on y plaçoit une compagnie des Régimens dont les Etats-Majors étoient
à Nyort : ce qui faisoit du bien au pays par la consommation des denrées & des
foins. Il n’y a point eu de troupes depuis 1763, quoiqu’il y en ait eu
constament & qu’il y en ait encore à Nyort & St-Maixant. La paroisse de
Champdeniers n’est pas fort étendue dans la campagne ; il n’y a que 12 à 13
métairies, plusieurs borderies & quelques moulins ; la moitié de la paroisse est
en plaine du côté de Nyort ; l’autre moitié est en Gastine du côté de Partenay.
Les chemins y sont impraticables pour les charetes pendant l’hiver ; ce qui rend
les voitures impossibles dans cette saison & fort difficiles en tout autre temps
; aussi sont-elles fort cheres. Un toneau de vin coûte en hiver 30 # à faie
rendre de Nyort à Champdeniers, quoique ce soit en plaine ; les foins, les
gerbes de blé, le bois, les fumiers, la pierre même & le sâble pour bâtir, se
voiturent dans les environs de ce bourg sur des chevaux, parce que les charetes
n’y roulent qu’avec beaucoup de peine à cause de l’inégalité du terrain & qu’il
faut toujours monter pour ariver au bourg. Si l’on pratiquoit une grande route
bien pavée depuis Nyort jusqu’à Champdeniers & delà jusqu’à Partenay, ce qui
fait une longueur de huit lieues, cet endroit deviendroit encore plus commerçant
; il auroit des relations faciles & avantageuses avec la Rochelle & tous les
lieux de la même route, ainsi qu’avec Saumur & toutes les villes circonvoines de
ce passage ; ajoutez que les étrangers viendroient encore en plus grand nombre
aux foires d’hiver, parce qu’ils ne craindroient plus les mauvais chemins. Par
ce moyen Champdeniers se grôssiroit de jour en jour, & tous les lieux qui
l’entourent en profiteroient ; une plus grande population, fruit de l’aisance,
de l’activité & des communications, étendant, multipliant & favorisant à la fois
l’agriculture, l’industrie & le commerce ; la route seroit même bien plus courte
& plus commode pour aller de Nyort à Partenay & au delà ; & ces deux villes,
Partenay sur-tout, y trouveroient leur avantage. ( La suite à l’Ordinaire
prochain.)
ADP, n 31, du 4 août 1774, page 135


Suite du Mémoire sur Champdeniers.
On recueille dans la plaine, du froment, de la baillarge, de l’orge, de la
garobe selon le terme du pays, c’est-à-dire de la vesce ; du mil, quelques pois
ronds, assez de pois de mai ou haricots, autrement mogettes ; du lin, du
chanvre, des noix, point d’amandes, assez de cerises & autres hauts fruits. La
Gastine donne du seigle, de l’avoine, du blé noir ou sarrasin, du garouil, du
bois, du charbon, pommes & poires franches ou sauvages, cerises, néfles,
chataignes, glands, beaucoup de noisettes, &c. Le gibier y est abondant & de
bonne qualité, sur-tout en perdrix rouges & grises, râles de genet, becasses,
lievres, lapins, &c. On y trouve aussi de la bête fauve ; les loups y font
quelquefois de grands ravages : il seroit à propos d’en faire la chasse de temps
en temps ; les étangs y sont communs & fournissent d’assez bon poisson, on les
pêche trop souvent ; le terrain est fort propre, sur-tout dans la plaine, pour
le jardinage ; les légumes, ainsi que les fruits, y sont précoces & d’un fort
bon goût. Les terres à blé, de la Gastine, sont d’une culture très-pénible ; on
est quelquefois obligé de mettre 6 à 8 bœufs sur une charue ; cette difficulté
du labourage provient non seulement de la pesanteur des terres, mais encore des
racines d’agéons & genets qui couvrent les champs dès qu’on cesse de les
cultiver : car on ensemence ordinairement une piece de terre pendant six à sept
ans de suite avec très-peu de labour ; après quoi on la laisse reposer pendant
plusieurs années. Pendant ce repos elle devient pâtis, & prépare une récolte de
fagots de grands genets ou agéons, & sert en outre de pâcage au bétail. C’est
dans ces pâtis, qui sont en très-grand nombre en Gastine, ainsi que les
prairies, que l’on éleve la mulace, les chevaux, bœufs & moutons qui garnissent
nos foires : & c’est-là la principale ressource des habitans de la Gastine ; car
en général ils ne recueuillent pas assez de blé pour se nourir. La suite à
l’Ordinaire prochain.
ADP, n 32, du 11 août 1774, page 139

Suite du Mémoire sur Champdeniers.
Il y a à Champdeniers deux sortes de mesures de grains, quoiqu’il n’y ait qu’un
boisseau ; la mesure marchande quand on vent le blé au détail, est d’un huitieme
plus grande que le boisseau ordinaire : c’est-à-dire, que celui qui vend un,
deux ou trois boisseaux de blé, est obligé de fournir par chaque boisseau ras,
une mesure de plus ; & cette mesure est la huitieme partie du boisseau ras. On
se sert du boisseau ras pour les rentes, à moins qu’il ne soit stipulé autrement
dans les titres des Seigneurs ou Propriétaires. On s’en sert aussi pour vendre à
pochée, à fourniture & à toneau ; la pochée est de cinq boisseaux & demi, ras ;
la fourniture est de 22 boisseaux ras ; le toneau est de 55 boisseaux ras ; mais
on ne paye la pochée que sur le pied de cinq boisseaux, la fourniture que sur le
pied de 20 boisseaux, & le toneau que sur le pied de 50 boisseaux. Il s’ensuit
delà que le boisseau marchand est plus grand que le boisseau ras, d’un huitieme
en sus ; & que celui qui vend à pochée, fourniture ou toneau, à plus de profit
que s’il vendoit tout son blé au boisseau marchand : car pour la pochée on ne
donne que cinq boisseaux & demis, ras, ou cinq boisseaux & cinq mesures. De même
celui qui vend à fourniture, ne donne que 22 boisseaux ras, au lieu qu’au
boisseau marchand il donneroit 20 boisseaux & 20 mesures, ce qui feroit 22
boisseaux & demi. Enfin celui qui vend à toneau, ne donne que 55 boisseaux ras,
au lieu qu’au boisseau marchand il donneroit 50 boisseaux & 50 mesures, ce qui
feroit 56 boisseaux & 2 mesures. Toutes ces différences sont un objet digne
d’attention sur une certaine quantité ; on a fait peser, en Février 1774,
différentes sortes de grains pour savoir au juste le poids du boisseau de
Champdeniers ; le froment pesoit de 45 à 46 liv., boisseau ras ; par conséquent
le boisseau marchand pesoit de 49 à 50, ainsi des autres grains ; le seigle
pesoit 44 liv.,la méture 40, la baillarge 39.
ADP, n 33, du 18 août 1774, page 143

Fin du Mémoire sur Champdeniers.
Le Seigneur de Champdeniers se faisoit ci-devant servir d’un droit assez
singulier ; tous les mariés de l’année dans la paroisse lui donnoient une triple
courone composée de rubans & de fleurs artificieles d’Italie ; on nommoit cette
courone un Chapelet, qui étoit évalué à 3 l 10 r. Ceux qui n’étoient que publiés
dans la paroisse, ou qui y venoient d’ailleurs mariés, ne devoient que dix sols.
Les jeunes Prêtres de la paroisse étoient assujetis au même droit ; mais ce
droit est tombé depuis quelques années, soit par le défaut d’authenticité des
titres, soit par l’abus qui s’étoit glissé dans la maniere de l’exiger. Il y
avoit aussi autrefois une espece de Bachelerie, qui étoit une Fête continuele
depuis le Jeûdi-Gras jusqu’au Mardi-Gras. Tous les nouveaux mariés se
rassembloient lestement habillés, en veste, sans armes ni bâtons ; ils mettoient
chacun quelque piece de vaissele d’étain en dépôt ; delà on alloit dans un pré
qui porte encore le nom de pré de l’Eteuf : là des Bacheliers portoient un
drapeau ou étendart, avec lequel ils faisoient un cercle dans le milieu de ce
pré ; le plus ancien des nouveaux mariés avoit à la main une pelote couverte de
velours cramoisi, garnie de petits cloux dorés & de plusieurs rubans de
différentes couleurs. Il jetoit trois fois dans le cercle tracé cette pelote
qu’on nommoit l’Eteuf ; alors tous se mettoient à courir ; le plus agile qui
pouvoit l’atteindre & l’apporter sur la place du marché, étoit le Roi de la
Bachelerie, s’il étoit du nombre des nouveaux mariés ; s’il étoit des anciens
mariés, il gagnoit la vaissele d’étain que l’on avoit déposée ; mais il étoit
difficile d’apporter l’Eteuf jusque sur la place, parce que parmi ceux qui
n’avoient pu l’atteindre à la course, il s’en trouvoit qui tâchoient de prendre
le devant pour arrêter en chemin celui qui s’en étoit rendu maître & tâcher de
le lui enlever ; alors on se batoit, le plus fort ou le plus adroit s’emparoit
de la pelote, ensuite tous les Bacheliers se rendoient auprès du vainqueur, en
faisoient u Roi & le conduisoient en triomphe dans le bourg ; il y avoit
toujours quelques instrumens de musique ; on donnoit des aubades dans toutes les
rues ; on s’arrêtoit particulièrement devant des maisons qui étoient chargées de
certaines redevances envers ce Roi, comme de confitures, de vin, &c. Ces Fêtes
ne se passoient gueres paisiblement, il s’y introduisoit toujours un peu de
licence ; il arivoit souvent des accidens, suite naturele des quereles. Le Juge
du lieu qui s’y étoit transporté pour mettre de l’ordre, y fut même une fois
insultéé. Toutes ces considérations ont fait supprimer la Bachelerie de l’Eteuf
; elle est tombée depuis environs 20 ans.
ADP, n 34, du 25 août 1774, page 147



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